« Exécutions, torture, enlèvements, viols » - le conflit caché qui ravage l’Oromia en Éthiopie (AP)
« Exécutions, torture, enlèvements, viols » - le conflit caché qui ravage l’Oromia en Éthiopie (AP)

Un conflit largement méconnu continue de faire rage dans la région éthiopienne de l’Oromia, opposant les forces gouvernementales à l’Armée de libération oromo, avec de lourdes conséquences pour les civils. À la tête de cette rébellion, Oromo Liberation Army, son chef militaire Jaal Marroo, recherché par les autorités, se déplace constamment pour échapper aux drones qui le traquent.

Dans un entretien rare accordé à l’Associated Press depuis un repaire isolé, Marroo rejette les accusations de massacres de civils portées par le gouvernement, qui classe l’OLA comme organisation terroriste. Selon lui, le mouvement ne combat pas la population mais un « régime brutal » accusé d’avoir marginalisé les Oromo pendant des générations, affirmant vouloir instaurer un ordre politique démocratique et inclusif.

Le conflit dure depuis 2018, parfois éclipsé par d’autres crises majeures comme la guerre du Tigré entre 2020 et 2022. Des enquêteurs des Nations unies ont toutefois accusé l’OLA de graves exactions, notamment des meurtres, des viols et des enlèvements. De leur côté, des organisations de défense des droits humains affirment que les forces gouvernementales se sont également rendues coupables de frappes de drones indiscriminées, d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées.

Selon Amnesty International, un rapport à paraître en mars documente des violations commises par les deux camps. Sa porte-parole régionale, Sarah Kimani, affirme que les recherches menées font état « d’exécutions sommaires, de torture, d’enlèvements et de viols » imputables à la fois aux rebelles et aux forces de sécurité, les civils se retrouvant pris au piège.

Des témoignages recueillis par l’AP décrivent un climat de peur permanent. Ayantu Bulcha, militante d’un parti d’opposition, affirme que plusieurs membres de sa famille ont été tués par des soldats accusant ses proches de soutenir l’OLA. D’autres habitants évoquent des extorsions, des rançons et des restrictions de déplacement rendant « presque impossible » tout voyage à l’intérieur de la région.

L’accès à l’Oromia étant fortement restreint pour les journalistes et les ONG, la crise humanitaire reste largement sous-documentée. Les Nations unies estiment que plus de 3,2 millions d’enfants n’étaient pas scolarisés début 2025 à cause des combats, tandis que des hôpitaux et centres de santé ont été pillés ou détruits. Dans certaines zones, la malnutrition progresse faute d’acheminement de l’aide.

Malgré des offensives récentes qui auraient affaibli l’OLA, notamment après la défection d’un de ses commandants fin 2024, l’insécurité persiste. Des groupes armés criminels, des tensions interethniques et des enlèvements continuent d’alimenter la violence. Comme le résume International Crisis Group, l’Oromia reste profondément instable, avec une population civile coincée entre rébellion, contre-insurrection et criminalité armée.

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