La République tchèque s’apprête à tourner une page majeure de son histoire industrielle avec la fermeture, fin janvier, du dernier puits de charbon en activité. Située à Stonava, près de la frontière polonaise, la mine CSM marque la fin de plus de 250 ans d’extraction minière en profondeur dans le bassin d’Ostrava, longtemps cœur énergétique et sidérurgique de l’Europe centrale.
Les dernières tonnes de charbon sont actuellement extraites à plusieurs kilomètres sous terre, dans un contexte de chute des prix mondiaux et de recul structurel de la demande. La transition énergétique européenne, combinée au déclin de l’industrie lourde, a rendu cette activité de moins en moins viable, malgré un sursis temporaire accordé après la flambée des prix de l’énergie consécutive à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.
Pour les mineurs, cette fermeture a une forte charge symbolique. Beaucoup évoquent un métier éprouvant mais porteur d’identité et de solidarité. Certains envisagent une reconversion, d’autres regardent vers la Pologne voisine, où l’extraction de charbon se poursuit encore et bénéficie d’engagements politiques à long terme.
L’exploitant public OKD souligne que la profondeur croissante des galeries a fait exploser les coûts d’extraction, rendant les puits non compétitifs face aux importations et aux énergies alternatives. Nationalisée après une faillite retentissante il y a une dizaine d’années, l’entreprise a vu sa production et ses effectifs chuter drastiquement, passant de dizaines de milliers de mineurs à un peu plus de 2 000 salariés aujourd’hui.
La région d’Ostrava, façonnée depuis la fin du XVIIIe siècle par le charbon et l’acier, a déjà traversé plusieurs vagues de désindustrialisation depuis la chute du communisme. Si les années 1990 ont été marquées par des pertes massives d’emplois, la situation s’est progressivement stabilisée grâce à des programmes de reconversion et à l’arrivée d’investisseurs étrangers, notamment dans l’automobile et l’industrie manufacturière.
Malgré tout, l’héritage minier laisse de lourdes séquelles environnementales, avec des sols pollués et d’anciennes infrastructures à réhabiliter. La région bénéficie à ce titre de fonds européens dédiés à une transition juste, destinés à soutenir la reconversion économique et écologique des territoires touchés par la décarbonation.
OKD entend désormais se projeter vers l’avenir en développant des activités en surface, allant du commerce de charbon résiduel à des projets innovants comme un parc de batteries, un centre de données ou une centrale utilisant le méthane issu des anciens puits. Une tentative de redéfinir l’identité d’une entreprise et d’un territoire, au moment où s’éteint définitivement une industrie qui a façonné des générations entières.