Plus d’un millier de manifestants, dont de nombreux membres de la communauté rom, se sont rassemblés samedi à Budapest pour réclamer la démission d’un ministre du gouvernement après des déclarations jugées offensantes et discriminatoires. La mobilisation visait János Lázár, figure clé de l’exécutif dirigé par le Premier ministre Viktor Orbán.
Les protestataires se sont réunis devant les bureaux de János Lázár, exigeant des excuses claires et son départ du gouvernement. Plusieurs participants ont dénoncé un sentiment ancien d’exclusion et de relégation. « Nous avons toujours eu l’impression d’être considérés comme des citoyens de seconde zone », a déclaré István Soltész, membre de la communauté rom venu du sud du pays pour participer à la manifestation.
La controverse est née de propos tenus par le ministre lors d’un forum communautaire plus tôt ce mois-ci. János Lázár y avait décrit les Roms, parfois appelés Tsiganes — un terme jugé péjoratif par certains — comme une « réserve de main-d’œuvre » susceptible de pallier la pénurie chronique de travailleurs en Hongrie. Il avait évoqué des emplois considérés comme indésirables par la majorité ethnique hongroise, suscitant une vive indignation.
Ces déclarations ont provoqué une forte réaction, tant au sein de la communauté rom que dans le débat politique national. Les Roms représentent la plus importante minorité du pays, avec des estimations allant jusqu’à un million de personnes, soit plus de 10 % de la population. Historiquement, ils sont confrontés à la pauvreté, à la discrimination systémique et à la ségrégation, ainsi qu’à des épisodes de violence raciale.
Face à la polémique, János Lázár a présenté des excuses publiques, affirmant que ses propos avaient été mal interprétés. Toutefois, de nombreux critiques estiment qu’il a implicitement opposé les Roms aux Hongrois, suggérant que la minorité ne ferait pas pleinement partie de la nation, et qu’il a associé les Roms à des emplois pénibles et faiblement rémunérés.
À l’approche des élections législatives prévues le 12 avril, la controverse inquiète la majorité au pouvoir. Les électeurs roms constituent traditionnellement un soutien important du parti Fidesz d’Orbán. Le gouvernement a accusé l’opposition, notamment le parti centriste de droite Tisza, d’attiser les divisions, tandis que son leader Péter Magyar a condamné sans réserve les propos du ministre.
Lors de la manifestation, des drapeaux romani et des brosses de toilettes — en référence directe aux déclarations incriminées — étaient brandis par les participants. Le musicien rom István Szilvási a estimé que ces propos avaient « profondément offensé » la dignité et le patriotisme de sa communauté, ajoutant que si le ministre et le gouvernement ne démissionnaient pas, les urnes, le 12 avril, offriraient l’occasion de trancher.