« Je réclame votre clémence » : en Algérie, le journaliste français Christophe Gleizes risque dix ans de prison
« Je réclame votre clémence » : en Algérie, le journaliste français Christophe Gleizes risque dix ans de prison

La sentence est tombée comme un coup de massue : sept années de réclusion criminelle, sans sursis, pour un journaliste dont le seul crime semble avoir été de faire son métier. Christophe Gleizes, reporter indépendant français, collaborateur régulier des magazines So Foot et Society, a été condamné dimanche 29 juin par le tribunal de Tizi Ouzou en Algérie. Son tort ? Avoir eu, selon l’accusation, des échanges anciens avec un responsable du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), classé « organisation terroriste » par Alger. Des faits datant de 2015 et 2017, bien avant cette classification officielle. Son reportage portait pourtant sur le club de football local, la JS Kabylie. La disproportion de la peine choque, indigne et révèle la dérive autoritaire d’un régime obsédé par le contrôle de la parole.

Cette condamnation n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit dans un climat généralisé de répression visant la presse indépendante et les intellectuels critiques. En novembre dernier, c’est l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal qui était arrêté après avoir exprimé en France une opinion historique controversée : que certains territoires algériens actuels étaient jadis marocains. Il a été condamné à dix ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale ».

Une justice algérienne mobilisée contre la liberté de la presse

La justice algérienne semble aujourd’hui mobilisée comme un bras armé au service du politique. Amnesty International a dénoncé à de multiples reprises les poursuites infondées contre les journalistes. Le cas d’Ihsane El Kadi est emblématique : directeur des médias Radio M et Maghreb Emergent, il a été condamné en avril à cinq ans de prison (dont deux avec sursis) pour avoir publié une analyse critique sur les élections de 2024. Le régime l’a arrêté en pleine nuit, a fait sceller les locaux de ses médias et a ordonné leur fermeture. Une purge en règle.

Et les exemples s’accumulent : Abdou Semmar, condamné à mort par contumace pour espionnage ; Farid Herbi, trois ans de prison pour avoir critiqué un préfet ; Mustapha Bendjamaa, poursuivi pour avoir aidé la famille d’un détenu et diffusé des documents « secrets » ; Saad Bouakba, placé en garde à vue pour un simple post Facebook. Même les chaînes de télévision ne sont pas épargnées : Al Adjawaa TV a été fermée pour avoir diffusé une scène jugée « immorale ».

Derrière ces condamnations en cascade, c’est une stratégie claire qui se dessine : faire taire toute voix dissidente, toute critique, tout journalisme d’investigation. L’Algérie a reculé à la 139e place sur 180 dans le classement de Reporters Sans Frontières. Et encore, ce chiffre ne dit pas tout : il ne mesure ni la peur, ni l’autocensure, ni l’exil forcé des plumes trop libres.

La France, elle, observe. Timidement. Trop timidement. Alors même que les tensions diplomatiques entre Paris et Alger se sont durcies depuis que le président Macron a reconnu il y a quelques mois la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, Alger semble déterminée à fermer la porte à tout dialogue. L’arrestation d’un journaliste français dans ce contexte ne peut être interprétée autrement que comme un geste de défi, voire de vengeance.

Il est temps d’appeler les choses par leur nom : la répression de la presse en Algérie est systématique, politique, et contraire aux engagements internationaux du pays. Et Christophe Gleizes, dont le seul tort est d’avoir voulu raconter une histoire de football, en est aujourd’hui la dernière victime. Comme Boualem Sansal, il ne doit pas rester en prison. Et ne doivent surtout pas être abandonnés par la France.

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