Des familles attaquent en justice Washington après une frappe mortelle contre un bateau près du Venezuela (AP)
Des familles attaquent en justice Washington après une frappe mortelle contre un bateau près du Venezuela (AP)

Les familles de deux hommes tués lors d’une frappe américaine contre un bateau soupçonné de trafic de drogue au large du Venezuela ont déposé une plainte pour mort injustifiée contre l’administration de Donald Trump, contestant la légalité d’opérations militaires menées contre des navires civils.

Selon la plainte déposée mardi devant un tribunal fédéral de Boston, Chad Joseph et Rishi Samaroo, deux ressortissants de Trinité-et-Tobago, figuraient parmi les six personnes tuées lors d’une frappe de missile américaine le 14 octobre dernier dans la mer des Caraïbes. Leurs proches affirment qu’ils travaillaient dans la pêche et l’agriculture au Venezuela et qu’ils regagnaient leur domicile lorsqu’ils ont été visés.

Cette action judiciaire constitue la première contestation devant les tribunaux d’une série de frappes autorisées par Washington depuis septembre, dans le cadre d’une campagne présentée par l’exécutif américain comme une lutte contre les cartels de la drogue. D’après la plainte, ces opérations auraient causé la mort de plus de 120 personnes.

Les avocats des familles, issus notamment du Centre pour les droits constitutionnels et de l’Union américaine pour les libertés civiles, soutiennent que ces frappes constituent des « homicides illégaux » menés en dehors de tout conflit armé reconnu. Ils estiment que les victimes ne participaient à aucune hostilité militaire contre les États-Unis et que leur mort relève d’une exécution extrajudiciaire au regard du droit international.

La plainte s’appuie notamment sur la loi américaine relative aux décès en haute mer, qui permet aux proches de poursuivre pour négligence en cas de décès survenu en mer, ainsi que sur l’Alien Tort Statute, un texte ancien autorisant des ressortissants étrangers à saisir la justice américaine pour violations du droit international. Les plaignants demandent des dommages et intérêts, sans chercher à bloquer juridiquement de futures opérations militaires.

L’administration Trump, sous l’autorité du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, a défendu ces frappes en les qualifiant d’actes de guerre contre des groupes assimilés à des organisations armées, affirmant qu’elles respectaient le droit des conflits armés. Cette interprétation est toutefois contestée par des organisations de défense des droits humains et par des experts juridiques, qui soulignent que les cartels de la drogue ne répondent pas aux critères internationaux définissant un groupe armé.

Le Pentagone n’a pas réagi dans l’immédiat. Cette affaire pourrait néanmoins offrir à la justice américaine l’occasion de se prononcer sur la légalité de ces frappes et sur les limites de l’action militaire des États-Unis dans la lutte contre le narcotrafic.

Partager