Des drones égyptiens à la frontière - l’escalade silencieuse qui embrase la guerre au Soudan (AP)
Des drones égyptiens à la frontière - l’escalade silencieuse qui embrase la guerre au Soudan (AP)

Le déploiement par l’Égypte d’un puissant drone de combat turc près de sa frontière sud-ouest constitue une escalade majeure dans la guerre civile au Soudan, selon plus d’une douzaine de responsables et d’analystes régionaux. Des images satellites récentes montrent un drone Bayraktar Akinci stationné sur le tarmac de l’aéroport isolé d’East Oweinat, à une soixantaine de kilomètres de la frontière soudanaise, suggérant un engagement égyptien plus direct dans le conflit.

Le Caire soutient politiquement de longue date l’armée soudanaise dans sa guerre contre les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire engagé depuis près de trois ans dans des combats qui ont fait des dizaines de milliers de morts, déplacé des millions de civils et plongé certaines régions dans la famine. Jusqu’à récemment, l’Égypte reconnaissait seulement un appui logistique et technique, évitant toute implication militaire directe.

Selon plusieurs analystes et diplomates, cette position a commencé à évoluer après une série d’avancées majeures des FSR au Darfour occidental en 2025, notamment la prise d’un triangle stratégique aux confins de l’Égypte et de la Libye, puis la chute d’al-Fashir, dernier bastion de l’armée soudanaise dans la région. En décembre, la présidence égyptienne a publiquement lié la sécurité nationale du pays à celle du Soudan, affirmant qu’aucune « ligne rouge » ne serait franchie.

Des responsables sécuritaires égyptiens ont indiqué à Reuters que deux aéroports du sud du pays avaient été renforcés militairement au cours des huit derniers mois afin de sécuriser la frontière et de mener, si nécessaire, des frappes pour protéger la sécurité nationale. Les images satellites de sociétés américaines confirment la présence répétée du drone Akinci à East Oweinat entre septembre et janvier, ainsi que des travaux de rénovation de la piste et des infrastructures, laissant penser à une utilisation opérationnelle du site.

Le Bayraktar Akinci, produit par le groupe turc Baykar, est l’un des drones les plus avancés de sa catégorie, capable de voler à haute altitude pendant 24 heures et d’emporter une large gamme de munitions. Des experts militaires estiment que sa présence, accompagnée d’équipements de soutien et de chargement visibles sur les images, indique des missions actives plutôt qu’un simple stockage.

Les FSR accusent l’Égypte d’être impliquée dans des frappes aériennes contre leurs positions depuis l’automne 2024, des accusations que Le Caire a toujours démenties. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montreraient des drones Akinci abattus au Darfour, sans que Reuters ait pu vérifier de manière indépendante l’origine des appareils ni l’identité de leurs opérateurs.

Cette implication accrue de l’Égypte ajoute un élément potentiellement explosif à un conflit déjà internationalisé, où interviennent ou sont accusés d’intervenir plusieurs acteurs régionaux, dont les Émirats arabes unis, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite. Pour de nombreux observateurs, le déploiement de drones à la frontière marque un tournant stratégique, faisant craindre une régionalisation encore plus profonde de la guerre civile soudanaise.

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