Un mois après le tragique crash du vol AI411 reliant Delhi à Londres, survenu le 12 juin dernier, les premiers éléments de l’enquête soulèvent des interrogations sur le rôle du commandant de bord, le capitaine Sumeet Sabharwal, dans la perte de contrôle du Boeing 787-8 Dreamliner d’Air India, qui a coûté la vie à 260 personnes, dont 19 au sol.
D’après les enquêteurs, une analyse partielle des enregistrements de la boîte noire indique que le commandant aurait délibérément actionné les interrupteurs de coupure de carburant peu après le décollage, privant les deux moteurs General Electric GEnx de leur alimentation. L’avion s’est écrasé quelques secondes plus tard sur le toit d’un bâtiment universitaire à proximité de l’aéroport international Indira Gandhi, provoquant l’incendie de l’enceinte et la mort de plusieurs étudiants.
Une action difficilement explicable
D’après un rapport préliminaire publié par le Aircraft Accident Investigation Bureau de l’Inde le 12 juillet, les deux interrupteurs de carburant sont passés de la position ON à OFF exactement trois secondes après le décollage, alors que l’appareil avait à peine atteint 400 pieds d’altitude. Le rapport ne précisait pas si cette action a été effectuée intentionnellement ou par erreur, mais mentionne un échange tendu entre les deux pilotes.
Selon des sources proches de l’enquête, le copilote Clive Kunder, alors aux commandes, aurait exprimé son incompréhension en s’écriant : « Pourquoi avez-vous coupé le carburant ? », tandis que le commandant Sabharwal serait resté silencieux ou aurait nié toute action délibérée, déclarant : « Je ne l’ai pas fait. » L’auteur du signal d’alerte radio « Mayday, Mayday, Mayday » reste à ce jour non identifié.
Le profil psychologique du pilote inquiète
L’enquête se concentre désormais sur le profil psychologique du commandant Sabharwal. Selon des documents médicaux obtenus par The Telegraph, ce dernier – vétéran avec plus de 15 000 heures de vol – avait bénéficié de plusieurs congés pour raisons médicales, notamment entre 2021 et 2024. Ces congés étaient officiellement liés à un état dépressif chronique, selon les dossiers internes de la compagnie.
L’expert en sécurité aérienne Mohan Ranganathan, interrogé par le quotidien indien The Hindu, a déclaré :
« Plusieurs collègues pilotes m’ont confié que le capitaine Sabharwal souffrait de troubles mentaux, ce qui l’a contraint à s’absenter du cockpit pendant de longues périodes. La compagnie aurait dû intensifier le suivi psychologique. »
Air India et Boeing sur la défensive
Interrogée sur ces éléments, la direction d’Air India a tempéré toute conclusion hâtive. Dans une note interne adressée aux employés le 16 juillet, le PDG Campbell Wilson a déclaré que l’enquête était « en cours et loin d’être achevée », ajoutant qu’il n’était pas établi que le commandant ait agi de manière volontaire.
De son côté, Boeing a confirmé qu’aucun problème technique ou historique n’avait été signalé à ce jour concernant les Fuel Control Switches sur les appareils de type 787-8, y compris ceux exploités en Inde. L’avion accidenté avait subi sa dernière inspection majeure en mars 2025 sans détection d’anomalie.
Une possible procédure pénale en cours
Face à ces éléments troublants, des autorités américaines ont fait savoir, sous couvert d’anonymat à la chaîne CNN, qu’une enquête criminelle pourrait être ouverte, afin de déterminer si l’action du commandant constitue un acte volontaire assimilable à un sabotage ou un suicide altruiste, comme cela avait été le cas lors du crash du vol Germanwings 9525 en 2015.
Le NTSB des États-Unis, en tant que partie prenante dans la certification du Boeing 787, a demandé l’accès complet aux enregistrements et pourrait dépêcher une équipe en Inde dans les prochaines semaines.