La méthode est discrète, rudimentaire et pourtant redoutablement efficace. Depuis plusieurs semaines, les forces de l’ordre constatent une recrudescence de la technique dite de « la feuille blanche », utilisée par des cambrioleurs pour repérer les logements vides. Le procédé repose sur un test simple de présence, qui peut concerner aussi bien les maisons que les appartements, et touche aujourd’hui de nombreux départements.
Le principe consiste à glisser une feuille blanche, le plus souvent au format A4, dans la boîte aux lettres d’un logement, en la laissant dépasser légèrement. Les malfaiteurs reviennent ensuite quelques jours plus tard pour vérifier si la feuille est toujours en place. Si elle n’a pas été retirée, ils en déduisent que le courrier n’a pas été relevé et que les occupants sont absents. Le logement est alors considéré comme une cible potentielle.
Cette pratique a récemment été signalée par plusieurs brigades locales, notamment dans l’Yonne, où une alerte diffusée par la Gendarmerie nationale a largement circulé sur les réseaux sociaux. Des signalements similaires ont ensuite émergé dans le Calvados, la Savoie, le Doubs ou encore la Somme, confirmant une diffusion large de ce mode opératoire.
Un stratagème qui s’adapte aussi aux immeubles
Si la technique est particulièrement facile à mettre en œuvre pour les maisons individuelles, les cambrioleurs ne se limitent pas à ce type d’habitat. Dans les immeubles, ils exploitent également les boîtes aux lettres collectives. Certains prennent en photo le courrier visible à l’intérieur afin d’identifier le nom de l’occupant et localiser précisément l’appartement dans l’immeuble. Cette étape leur permet ensuite de cibler plus efficacement leur passage à l’acte.
Les chiffres rappellent l’ampleur du phénomène. En France, plus de 200 000 cambriolages sont recensés chaque année, avec environ 218 700 faits enregistrés en 2024. Les Bouches-du-Rhône, l’Isère et la Gironde figurent parmi les départements les plus touchés, mais aucun territoire n’est réellement épargné. La feuille blanche n’est qu’un outil parmi d’autres, régulièrement remis au goût du jour par les auteurs de vols.
Les bons réflexes à adopter immédiatement
La découverte d’une feuille blanche dépassant d’une boîte aux lettres ne doit pas être banalisée. Les forces de l’ordre recommandent en premier lieu de contacter sans délai le 17 ou la brigade locale de gendarmerie. Il est ensuite conseillé de retirer la feuille sans la manipuler directement, idéalement avec des gants, afin de préserver d’éventuelles traces. Placée dans une enveloppe sans être pliée, elle peut être remise aux enquêteurs, qui pourront l’exploiter comme élément matériel.
Jeter la feuille à la poubelle est possible, mais prive les enquêteurs d’indices potentiels, notamment d’empreintes. La vigilance collective joue également un rôle clé. Vérifier les boîtes aux lettres des voisins absents et signaler toute anomalie permet de limiter les repérages discrets.
En cas d’absence prolongée, plusieurs mesures simples réduisent le risque
Le dispositif « Opération Tranquillité Vacances » permet de demander gratuitement des patrouilles régulières autour de son domicile, y compris hors périodes de vacances scolaires. L’inscription se fait auprès d’un commissariat, d’une brigade de gendarmerie ou en ligne, sur présentation d’une pièce d’identité et d’un justificatif de domicile.
Il est également recommandé d’éviter toute annonce publique de départ sur les réseaux sociaux, de faire relever son courrier ou de le faire suivre, et de prévenir un voisin ou un gardien. Simuler une présence, grâce à des programmateurs de lumière, de radio ou de volets, reste un moyen efficace de dissuasion.
Enfin, la feuille blanche n’est qu’un indicateur parmi d’autres. Paillasson retourné, biscuit placé devant la porte ou cailloux disposés sur le palier répondent au même objectif : vérifier si un logement est occupé. Face à ces méthodes simples mais persistantes, la meilleure protection demeure une vigilance quotidienne et un signalement systématique aux forces de l’ordre.