Dans le nord du Michigan, région réputée pour ses cerises acides, les producteurs agricoles traversent une crise sans précédent. À Central Lake, Juliette King McAvoy a constaté au printemps que les bourgeons de ses cerisiers avaient été détruits par un gel tardif. Sous la lumière du matin, ils brillaient comme du verre brisé, signe que la récolte était perdue. C’est la troisième fois en cinq ans que les intempéries ruinent une part importante de la production de son verger familial.
Selon les estimations du département américain de l’Agriculture (USDA), les pertes de récoltes atteindront 41 % cette année dans l’État, une catastrophe pour une industrie déjà affaiblie. Le Michigan assure près des trois quarts de la production nationale de cerises acides, essentielles à l’industrie agroalimentaire américaine.
Mais les aléas climatiques ne sont pas le seul fardeau. Les changements politiques opérés par l’administration Trump fragilisent davantage le secteur. Les coupes dans certains programmes fédéraux de soutien à l’agriculture réduisent les marges de manœuvre financières des exploitants, tandis que les retards dans la délivrance des visas pour travailleurs saisonniers compliquent la récolte.
Les producteurs font aussi face à des pénuries de main-d’œuvre exacerbées par la peur de l’agence fédérale de l’immigration (ICE), dont les contrôles ont découragé de nombreux ouvriers agricoles, souvent d’origine étrangère, de venir travailler dans la région. « Nous avons besoin de bras pour sauver ce qui reste de nos vergers, mais ils ne viennent plus », confie un exploitant local.
Pris en étau entre dérèglement climatique et réduction du filet de sécurité fédéral, les cultivateurs du Michigan redoutent pour l’avenir de leurs exploitations. Beaucoup craignent que la filière, symbole de l’identité agricole de l’État, ne s’effondre si les conditions actuelles persistent.