À Gaza, l’espoir suspendu à Rafah - des Palestiniens attendent la réouverture d’une frontière vitale (AP)
À Gaza, l’espoir suspendu à Rafah - des Palestiniens attendent la réouverture d’une frontière vitale (AP)

Coupés de leurs proches ou dans l’urgence médicale, des Palestiniens bloqués de part et d’autre du point de passage de Rafah attendaient lundi avec anxiété la réouverture de cette frontière cruciale entre la bande de Gaza et l’Égypte. Cette mesure, prévue dans l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre entre Israël et le Hamas, a été retardée, laissant des milliers de personnes dans une situation d’incertitude prolongée.

Si le point de passage de Rafah avait été partiellement ouvert au début de la guerre déclenchée après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, il est totalement fermé depuis l’été 2024. Depuis lors, seules de très rares personnes ont pu entrer ou sortir de Gaza, généralement via Israël, qui conserve le contrôle total des frontières de l’enclave palestinienne. Les modalités exactes d’une éventuelle réouverture restent floues, mais pour ceux qui attendent, même une ouverture partielle serait un soulagement longtemps espéré.

Parmi eux figure Faten Hamed Abu Watfa, 43 ans, bloquée en Égypte depuis près de dix mois après avoir quitté Gaza pour accompagner sa belle-mère malade. Elle n’a pas revu ses trois enfants depuis son départ et sait que, si elle rentre, ce ne sera pas dans la maison qu’elle a laissée, détruite lors des opérations militaires israéliennes. « Je suis prête à endurer toutes les fouilles et toutes les difficultés, tant que je peux revoir mes enfants », confie-t-elle.

D’autres, comme Mohammad Talal al-Burai, 28 ans, souhaitent rentrer malgré les ruines et l’absence de conditions de vie décentes. Sa maison à Jabalia, dans le nord de Gaza, a été détruite et son mariage a été reporté depuis le début de la guerre. Pourtant, il affirme être prêt à vivre sous une tente s’il le faut, tant le désir de retrouver sa famille est fort. « J’ai tellement hâte de serrer mon père dans mes bras », dit-il.

Pour certains, l’attente est une question de survie. Des milliers de Palestiniens se sont inscrits auprès de l’Organisation mondiale de la santé pour être évacués à l’étranger afin de recevoir des soins. Le ministère de la Santé de Gaza estime qu’au moins 20 000 patients, dont des enfants et des personnes atteintes de cancer, attendent une autorisation de sortie. Tamer al-Burai, 50 ans, souffrant d’une grave pathologie respiratoire, affirme que l’absence d’électricité et de carburant aggrave son état et l’empêche d’utiliser correctement son appareil médical.

Pour beaucoup, la réouverture de Rafah arrive trop tard. La semaine dernière, Dalia Abu Kashef, 28 ans, est morte alors qu’elle attendait de pouvoir quitter Gaza pour une transplantation du foie, malgré la disponibilité d’un donneur compatible. Son décès illustre le coût humain de la fermeture prolongée du point de passage.

Alors que Gaza reste largement dévastée après deux années de campagne militaire israélienne, la perspective d’une réouverture de Rafah cristallise espoirs et craintes. Pour les Palestiniens bloqués, elle représente à la fois la possibilité de retrouver leurs familles, d’accéder à des soins vitaux ou simplement de choisir leur avenir, dans un contexte où chaque retard peut avoir des conséquences irréversibles.

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