KHAN YOUNIS, Bande de Gaza – Dans une salle aux murs décorés de dessins animés joyeux, où des enfants fictifs courent, jouent et sourient parmi des fleurs et des ballons, le silence est glaçant. Il est seulement brisé par les murmures de quelques mères veillant sur leurs bébés, immobiles, affaiblis par une faim si profonde qu’ils n’ont même plus la force de pleurer.
À l’hôpital Nasser de Khan Younis, l’un des rares établissements encore fonctionnels dans la bande de Gaza, les médecins s’occupent de nourrissons souffrant de malnutrition aiguë sévère. Le tableau est bouleversant : des corps minuscules, réduits à la peau et aux os, avec une perte musculaire totale. « Le calme dans ces services n’est pas un signe de paix, mais d’organismes qui se ferment à la vie », confie un médecin.
Parmi les cas les plus alarmants, celui de la petite Maria Suhaib Radwan, âgée de dix mois. Trop faible pour bouger ou réagir, elle reste léthargique. Sa mère, Zeina Radwan, raconte à Reuters qu’elle ne peut ni trouver du lait, ni produire elle-même de quoi allaiter, faute de nourriture. Elle survit avec un seul repas par jour pour elle et ses enfants. « Mes enfants et moi ne pouvons pas vivre sans nourriture », lâche-t-elle, la voix éteinte.
Durant les cinq jours passés par les journalistes de Reuters dans cet hôpital, 53 enfants souffrant de malnutrition aiguë ont été admis. Un chiffre dramatique, qui reflète l’effondrement d’un système de santé sous blocus et sous les bombes. Le complexe Nasser est l’un des quatre seuls centres encore capables de prendre en charge les cas les plus critiques dans tout le territoire.
Les stocks d’aliments thérapeutiques, de médicaments essentiels et de lait infantile sont presque épuisés. Le personnel médical, exténué, tente malgré tout de sauver ceux qui arrivent encore jusqu’à eux, souvent trop tard. Chaque jour, des mères franchissent les portes de l’hôpital avec des enfants au bord de la mort, les bras aussi fins que le pouce de leur mère, dans un silence qui en dit long sur l’urgence humanitaire qui ravage Gaza.