À Budapest, la Pride interdite devient un immense cri de colère contre Viktor Orban
À Budapest, la Pride interdite devient un immense cri de colère contre Viktor Orban

Des dizaines de milliers de Hongrois ont défilé samedi à Budapest, transformant une marche des fiertés interdite en l’une des plus vastes manifestations antigouvernementales de ces dernières années. Drapeaux arc-en-ciel flottant au vent et pancartes ironiques ciblant Viktor Orban en main, la foule a bravé la chaleur et la censure pour défendre les droits LGBTQ+ — mais aussi, plus largement, la démocratie et les libertés civiles en Hongrie.

Initialement interdite par les autorités sous prétexte de « protection de l’enfance », la marche de la Pride 2025 s’est muée en un rassemblement de masse dénonçant les dérives autoritaires du pouvoir en place. La place près de l’hôtel de ville était noire de monde, avant que les manifestants ne traversent le pont Erzsebet, habituellement réservé à six voies de circulation, totalement saturé par la foule. Étudiants, familles, habitants des campagnes et militants LGBTQ+ marchaient côte à côte dans une ambiance déterminée mais pacifique.

« Il s’agit de bien plus que cela, pas seulement d’homosexualité… C’est le dernier moment pour défendre nos droits », a déclaré Eszter Rein Bodi, une manifestante, résumant l’état d’esprit d’une génération qui voit se restreindre année après année ses libertés. « Aucun d’entre nous n’est libre tant que tout le monde ne l’est pas », pouvait-on lire sur certaines pancartes brandies avec fierté.

Depuis plus d’une décennie, le Premier ministre Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010, mène une politique résolument conservatrice, mêlant nationalisme, rhétorique anti-immigration et rejet affiché des droits des personnes LGBTQ+. En mars dernier, son gouvernement a fait adopter une loi autorisant l’interdiction des marches des fiertés, invoquant la protection des mineurs. Cette décision est perçue par ses opposants comme une nouvelle étape dans la répression des voix dissidentes, à l’approche d’élections législatives décisives prévues pour 2026.

Face à l’ampleur de la mobilisation, de petits groupes d’extrême droite ont tenté de perturber la marche, sans succès. La police, déployée en nombre, a rapidement isolé ces contre-manifestants et ajusté le parcours du cortège pour éviter tout affrontement.

Dans la matinée, Viktor Orban a posté une photo de lui entouré de ses petits-enfants, légendée par un sobre : « Voilà dont je suis fier ». Un message clair à destination de ses partisans, qui justifient les restrictions imposées à la communauté LGBTQ+ au nom des « valeurs familiales traditionnelles ».

Mais la manifestation de samedi montre que cette ligne politique, longtemps efficace dans les urnes, rencontre désormais une contestation bien plus large. De nombreux participants disaient défiler pour la première fois, révoltés par l’interdiction mais également par le climat politique de plus en plus répressif. À Budapest, le message est limpide : une partie grandissante de la société hongroise semble déterminée à ne plus se taire.

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