À Anacostia, le déploiement fédéral divise les habitants entre soulagement et méfiance (AP Photo/Gary Fields)
À Anacostia, le déploiement fédéral divise les habitants entre soulagement et méfiance (AP Photo/Gary Fields)

Dans le quartier d’Anacostia, au sud-est de Washington, les habitants vivent au cœur d’un paradoxe. De leurs rues, ils voient le Capitole, le Washington Monument et l’ancien hôtel Trump transformé en Waldorf Astoria. Mais les soldats de la Garde nationale, omniprésents dans les lieux touristiques, n’ont pas franchi la rivière pour patrouiller de leur côté.

Pour certains résidents, comme Mable Carter, 82 ans, la présence militaire dans les zones emblématiques de la capitale relève plus de la mise en scène que de la sécurité réelle. « Sur le Mall, ils sont armés. Mais ici, rien. Pourtant, c’est ici qu’on a besoin d’aide », explique-t-elle, tout en appelant à renforcer la police locale plutôt que de confier les rênes aux fédéraux.

Criminalité persistante, mais bien moindre que dans les années 1990

Si le nombre d’homicides a diminué de 17 % depuis l’an dernier, plus de 60 % des meurtres se produisent à l’est de la rivière, notamment dans le Ward 8, où 38 victimes ont déjà été recensées cette année. Pour Henny, propriétaire d’une petite supérette, l’insécurité reste quotidienne : son commerce a été la cible de jeunes voyous, sans qu’aucune patrouille ne se déplace malgré son appel à la police. « On dit que le crime baisse, mais moi je ne vois rien », confie-t-il, résigné et inquiet.

D’autres, comme Rosie Hyde, 75 ans, rappellent que la violence fait partie de l’histoire du quartier. Son fils a été tué en 1991, en plein pic meurtrier où Washington dépassait les 400 homicides annuels. Elle redoute que l’opération de Donald Trump vise davantage l’effet d’annonce que la protection des habitants. « Tout est concentré là où il y a des touristes. Ici, ils n’ont rien changé », estime-t-elle.

Méfiance envers une reprise en main fédérale

Si certains saluent les arrestations de suspects par le FBI et les services fédéraux, beaucoup craignent que cette mainmise ne sape l’autorité du maire et de la police de proximité. Norm Nixon, pasteur local, déplore une logique d’image : « Le président veut donner l’impression d’agir. Mais ce sont nos policiers, proches des habitants, qui doivent rester en première ligne. »

Pour d’autres responsables communautaires, l’expérience de Washington pourrait servir de modèle à exporter vers d’autres villes. « D.C. est facile, c’est une ville fédérale, il peut s’y imposer. Mais son but est de tester et d’étendre ça ailleurs », avertit Vernon Hancock, ancien d’église.

Entre espoir d’un retour à la sécurité et crainte d’un autoritarisme grandissant, Anacostia illustre les dilemmes d’une Amérique où la lutte contre le crime devient un enjeu politique autant que social.

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