Menacés par l’intelligence artificielle, les acteurs de doublage montent au front pour défendre leur métier
Menacés par l’intelligence artificielle, les acteurs de doublage montent au front pour défendre leur métier

PARIS/BERLIN, 30 juillet 2025 — Leur voix est célèbre, leur visage souvent inconnu. Mais aujourd’hui, les acteurs de doublage européens, comme Boris Rehlinger — voix française de Ben Affleck, Joaquin Phoenix ou encore du Chat Potté —, sont en première ligne d’un nouveau combat : défendre leur métier face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

Avec l’émergence de technologies capables de générer des voix synthétiques réalistes et de les adapter en plusieurs langues, les professionnels du doublage redoutent une disparition progressive de leur rôle dans l’industrie audiovisuelle. « Je me sens menacé, même si ma voix n’a pas encore été remplacée par une IA », confie Rehlinger à Reuters. Il est membre de l’initiative française TouchePasMaVF, qui milite pour protéger le doublage humain face aux ambitions de l’intelligence artificielle.

Dans les studios, les craintes sont partagées. Bettina Zech, actrice de doublage à Munich, insiste sur le fait que ce métier ne se résume pas à lire un texte : il s’agit de transmettre l’émotion, l’intention, la nuance. Or, ces éléments échappent encore largement aux algorithmes, malgré les progrès récents. Les professionnels dénoncent également le risque de réutilisation illimitée de leurs voix, sans cadre juridique clair ni rémunération équitable.

Pourtant, l’industrie du divertissement n’est pas insensible aux promesses de l’IA. Avec la pression croissante des plateformes de streaming comme Netflix, qui multiplient les productions internationales, la demande en doublage a explosé. En Europe, 43 % des spectateurs préfèrent les contenus doublés aux sous-titres, selon le cabinet GWI. Le marché du doublage, estimé à 4,3 milliards de dollars cette année, devrait atteindre 7,6 milliards en 2033, selon Business Research Insights.

Face à cette croissance, certaines entreprises technologiques proposent des outils capables de doubler un film à moindre coût, avec une rapidité inégalée. Elles assurent néanmoins que l’humain reste au cœur du processus, au moins pour garantir la qualité finale. Mais les syndicats d’acteurs réclament une réglementation européenne urgente, afin d’encadrer l’usage de l’IA, protéger les droits des artistes vocaux et garantir leur place dans un secteur en pleine mutation.

À l’heure où la technologie redessine les contours de nombreuses professions créatives, les acteurs de doublage rappellent qu’ils ne prêtent pas seulement leur voix : ils incarnent, interprètent, transmettent. Et cela, insistent-ils, ne se code pas.

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