Une pilule quotidienne capable de faire baisser efficacement la glycémie et d’aider à la perte de poids chez les personnes atteintes de diabète de type 2 – à l’instar des célèbres injections Mounjaro et Ozempic – pourrait bientôt voir le jour, selon les résultats d’un essai clinique annoncés par le laboratoire Eli Lilly.
Le médicament, appelé Orforglipron, appartient à la classe des agonistes GLP-1, des médicaments ayant connu un grand succès pour leur efficacité dans la perte de poids. Actuellement, les traitements GLP-1 disponibles sont coûteux, doivent être injectés, et conservés au réfrigérateur. Une version en comprimé, obtenant des résultats comparables, pourrait se diffuser beaucoup plus largement, bien que son prix reste probablement élevé.
Eli Lilly a annoncé vouloir soumettre une demande d’approbation auprès de la FDA (Agence américaine du médicament) plus tard cette année pour l’autoriser contre l’obésité, et début 2026 pour le diabète de type 2. Les analystes du secteur prévoient une approbation en 2025, avec un potentiel succès commercial important. Le prix ne sera pas révélé avant l’approbation.
« Ce que nous observons aujourd’hui, c’est une bataille pour l’avenir du marché de l’obésité », a déclaré Craig Garthwaite, économiste de la santé à l’université Northwestern.
Les résultats ont été publiés jeudi dans un communiqué de presse – une obligation pour les laboratoires dès qu’ils reçoivent des données pouvant influencer le cours de leur action. Les données complètes ne seront présentées qu’en juin lors d’un congrès sur le diabète, puis publiées dans une revue scientifique à comité de lecture.
Des résultats prometteurs
L’essai clinique a impliqué 559 patients atteints de diabète de type 2, recevant soit Orforglipron, soit un placebo, pendant 40 semaines. Résultat : la glycémie a diminué de 1,3 à 1,6 %, un résultat comparable à ceux obtenus avec Ozempic et Mounjaro dans d’autres essais.
65 % des patients sous Orforglipron ont même vu leur glycémie revenir à des niveaux normaux.
En termes de perte de poids :
- Les patients ayant reçu la dose maximale ont perdu en moyenne 7,2 kg (16 livres), un résultat similaire à Ozempic, mais légèrement inférieur à celui observé avec Mounjaro.
- Les effets secondaires étaient semblables à ceux des traitements injectables : diarrhée, nausées, vomissements, constipation, et indigestion.
Concurrence et perspectives
Eli Lilly mène actuellement sept essais cliniques majeurs sur Orforglipron, dont certains chez des patients obèses sans diabète. D’autres résultats sont attendus cette année.
La société se place en tête d’un petit groupe de laboratoires tentant de mettre au point des comprimés GLP-1. Toutefois, certaines inquiétudes existent quant aux effets secondaires. Récemment, Pfizer a abandonné le développement d’un traitement oral similaire après qu’un participant a présenté une atteinte hépatique potentielle.
En revanche, Orforglipron n’a montré aucun effet secondaire hépatique dans l’essai actuel, selon le New York Times.
Suite à l’annonce, l’action d’Eli Lilly a grimpé de 14 % jeudi, ajoutant 100 milliards de dollars à sa capitalisation boursière.
Une solution à grande échelle ?
Selon le Dr Daniel Skovronsky, directeur scientifique d’Eli Lilly :
« Si ce médicament est approuvé pour l’obésité et le diabète, nous sommes confiants de pouvoir produire suffisamment de pilules pour répondre à la demande mondiale. »
Et de conclure :
« Dans les décennies à venir, plus de 700 millions de personnes seront atteintes de diabète de type 2, et plus d’un milliard souffriront d’obésité. Les injections ne peuvent pas être une solution pour des milliards de personnes. »
Enfin, la firme danoise Novo Nordisk propose déjà un comprimé, Rybelsus, contenant un peptide GLP-1, mais il est moins efficace que les injections car il est en grande partie digéré avant d’agir.