Alors que l’État affirme vouloir lutter contre la désinformation en santé, un collectif de soignants tire la sonnette d’alarme. En ligne de mire : le nouveau contrat signé entre l’Éducation nationale, la MGEN et la CNP assurance, qui prévoit à partir de 2026 le remboursement automatique de pratiques dites « non conventionnelles ». Homéopathie, ostéopathie, acupuncture ou encore naturopathie, autant de méthodes sans validation scientifique, mais désormais incluses d’office dans les complémentaires santé des enseignants.

Un choix personnel devenu dépense collective

Pour le collectif No FakeMed, qui regroupe médecins, pharmaciens, chercheurs et professionnels de santé, cette décision est non seulement incohérente, mais dangereuse. Car ces pratiques relèvent du bien-être individuel et non d’une prise en charge médicale fondée sur des preuves. Le contrat, pourtant obligatoire pour tous les agents de l’Éducation nationale, risque selon eux d’induire les assurés en erreur, en conférant une légitimité médicale à des approches parfois inefficaces, voire potentiellement risquées. La contradiction est flagrante : alors que le ministère de la Santé reconnaît lui-même le manque de preuves scientifiques sur ces méthodes, l’État, via ses mutuelles, participe à leur financement. Un paradoxe d’autant plus choquant pour les signataires que des soins reconnus comme utiles – consultations de psychologues, nutritionnistes, activité physique sur ordonnance – restent souvent mal ou pas remboursés.

Une dérive coûteuse et inquiétante

Le Sénat, dans un rapport publié en 2024, chiffre le coût de ces pratiques à près d’un milliard d’euros, en hausse de 500 % en huit ans. Un montant qui pèse lourdement sur les cotisations, sans gain tangible pour la santé publique. À cela s’ajoute le risque d’un glissement vers des dérives sectaires ou ésotériques, comme l’a souligné à plusieurs reprises la Miviludes. Alors que la désinformation en santé explose, notamment sur les réseaux sociaux, favoriser par les remboursements ce type de pratiques reviendrait, selon le collectif, à brouiller encore davantage les repères du grand public. Le message est clair : oui aux pratiques de bien-être si elles relèvent d’un choix personnel, non à leur financement collectif au détriment des soins validés. Pour les auteurs de cette tribune, il en va de la crédibilité de notre système de santé — et de la protection des plus vulnérables.

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