L’or n’a jamais autant brillé. Le 5 septembre, l’once de 31 grammes a flirté avec les 3 600 dollars, soit plus de 3 000 euros. Depuis le début de l’année 2025, sa valeur a bondi d’un tiers. En toile de fond, une accumulation de nuages noirs: tensions géopolitiques, droits de douane imposés par Donald Trump, indicateurs économiques décevants aux États-Unis et menace d’un ralentissement mondial. Résultat, les investisseurs cherchent refuge dans ce métal qui ne se déprécie pas, contrairement aux actifs financiers fragilisés par les turbulences boursières.
Les banques centrales en première ligne
Ce qui change aujourd’hui, c’est que l’or supplante même le dollar comme valeur de référence. La monnaie américaine s’affaiblit, tandis que les banques centrales se ruent sur le métal jaune. La Banque centrale européenne et ses homologues chinoises accumulent à un rythme inédit depuis 2022, avec 1 000 tonnes achetées par an, deux fois plus qu’il y a dix ans. Les réserves mondiales atteignent désormais 36 000 tonnes, un niveau proche du record de 1965, lorsque l’étalon-or dominait encore le système monétaire international. Pour elles, ces achats massifs sont un bouclier contre une nouvelle crise financière ou monétaire. Les particuliers ne sont pas en reste. En France, l’instabilité politique entretient la demande, renforçant la tendance haussière. L’or s’impose comme une assurance patrimoniale: en acheter revient à se protéger des incertitudes de demain.
Vers un métal hors de portée ?
Les grandes banques d’affaires prévoient une envolée supplémentaire. UBS et Goldman Sachs tablent sur un cours à 4 000 dollars l’once d’ici mi-2026, et jusqu’à 4 500 dans un scénario de crise extrême. Une perspective qui ferait de l’or un actif presque inaccessible pour une partie des investisseurs. Déjà, certains se reportent sur l’argent, qui s’envole lui aussi. L’once a franchi les 40 dollars, un record depuis 2011, avec une hausse de 40 % depuis janvier. Valeur refuge par excellence, l’or confirme sa position centrale dans une économie mondiale fragilisée. Mais cette ascension fulgurante pose une question: jusqu’où le métal précieux peut-il monter avant de devenir lui-même un luxe réservé à quelques privilégiés ?