Le 1er juillet 1751, paraît à Paris le premier volume de l’Encyclopédie, accompagné d’un Discours préliminaire signé Jean Le Rond d’Alembert. Dirigée avec audace par ce dernier et Denis Diderot, l’œuvre ne se contente pas de rassembler des savoirs : elle ambitionne de cartographier l’esprit humain dans tous ses efforts, de l’artisanat à la métaphysique, et de transmettre à la postérité une connaissance universelle, rationnelle et accessible.
Une entreprise intellectuelle inédite
À l’origine, l’Encyclopédie devait simplement être la traduction de la Cyclopaedia de l’Anglais Ephraïm Chambers, publiée en 1728. Mais Denis Diderot, engagé sur le projet par l’éditeur André Le Breton, propose rapidement une réinvention radicale : non plus une simple adaptation, mais une œuvre originale, critique et ambitieuse. Il s’associe à d’Alembert pour concevoir un « tableau général des efforts de l’esprit humain ». Le projet est lancé en 1747 et séduit rapidement les élites éclairées.
Un chantier titanesque
Pendant plus de vingt ans, les plus grands esprits de leur temps – Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Buffon, Turgot – contribuent à ce vaste dictionnaire. Plus de 150 auteurs rédigent quelque 71 000 articles, répartis sur 17 volumes de texte et 11 volumes de planches illustrées. L’objectif est de rassembler, classer et transmettre tous les savoirs humains, dans un esprit de raison, d’observation et de progrès.
Censures et résistances
Dès ses débuts, l’Encyclopédie attire les critiques. Certains articles, jugés trop audacieux sur la religion ou le pouvoir, provoquent l’ire de l’Église et des autorités. En 1752 puis en 1759, la publication est interdite par le Conseil d’État et mise à l’Index par le Vatican. Mais grâce au soutien de personnalités comme Mme de Pompadour ou le censeur Malesherbes, Diderot parvient à poursuivre l’entreprise clandestinement. D’Alembert se retire, mais Diderot ne cède pas. Il supervise jusqu’au bout la publication de cette œuvre monumentale.
Un héritage des Lumières
L’Encyclopédie ne fut pas seulement un dictionnaire. Elle incarna l’esprit des Lumières : la croyance dans la raison, la volonté d’émanciper les peuples par le savoir, et la critique des dogmes. Elle forma aussi les esprits de la Révolution française à venir. Par sa méthode, son ambition et son audace, elle demeure l’un des plus puissants symboles de la pensée moderne.
Comme l’écrivait Diderot lui-même, le but d’une encyclopédie est de « rendre les hommes non seulement plus savants, mais plus vertueux et plus heureux ». Une promesse que, trois siècles plus tard, son œuvre continue d’inspirer.