L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a retrouvé la liberté et a passé sa première nuit à Berlin, dans un hôpital où il a été transféré en soirée hier. Son arrivée en Allemagne met fin à plusieurs mois de détention en Algérie et marque l’aboutissement d’une démarche diplomatique à dimension humanitaire.
Selon un communiqué officiel, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a accordé une grâce à l’auteur après avoir « répondu favorablement » à une demande de son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier. Cette décision a été motivée par des « raisons humanitaires », l’écrivain de 76 ans étant gravement malade. L’État allemand a pris en charge son transfert et son hospitalisation à Berlin.
Macron remercie l’Allemagne
Le président français Emmanuel Macron a salué la libération de Boualem Sansal, remerciant Frank-Walter Steinmeier « pour les bons offices de l’Allemagne » et Abdelmadjid Tebboune « pour ce geste d’humanité ». Le chef de l’État français a estimé que cette issue heureuse était « le fruit des efforts constants de la France et d’une méthode faite de respect, de calme et d’exigence ». Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec l’écrivain peu après son arrivée à Berlin.
Un conseiller présidentiel français a rappelé que « la méthode du bras de fer ne fonctionne pas » avec d’autres États souverains, soulignant l’importance du dialogue dans les relations avec Alger. De son côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu a exprimé son « soulagement », affirmant que cette grâce illustrait « une approche empreinte de respect et de calme ».
Une détention injuste et arbitraire
Boualem Sansal, romancier reconnu et lauréat de nombreux prix littéraires, avait été arrêté en novembre 2024 à l’aéroport d’Alger et condamné arbitrairement à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale ». Ses déclarations sur l’histoire et les frontières de l’Algérie avaient suscité de vives réactions au pays. Son état de santé préoccupant avait depuis mobilisé plusieurs organisations internationales et de nombreuses personnalités du monde littéraire.
Le monde culturel salue cette libération
L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, prix Goncourt 2024, a salué la nouvelle sur le réseau X, écrivant : « Après Sansal, puisse l’Algérie se libérer et réaliser les rêves de ses héros, de ses enfants. » Une allusion claire à la portée symbolique de cette libération, au-delà du seul cas de l’écrivain.
Sabeha Sansal, l’une des filles de l’auteur, installée en République tchèque, a confié : « J’étais un petit peu pessimiste parce qu’il est malade, il est vieux et qu’il pouvait mourir là-bas. J’étais pessimiste mais j’y ai toujours cru. » Elle a ajouté : « Je suis très heureuse parce que c’était vraiment une situation extraordinaire. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi il était emprisonné. J’espère qu’on va se revoir bientôt. »
Les avocats de l’écrivain ont pour leur part salué une issue où « l’humanité a prévalu sur toute autre considération ».
Une page se tourne
Après des mois de détention et d’incertitude, Boualem Sansal entame désormais une nouvelle étape de sa vie en Allemagne, où il doit recevoir des soins adaptés. Sa libération, perçue comme un geste d’humanité, met fin à une crise qui avait suscité une large mobilisation dans les milieux intellectuels et diplomatiques. À Berlin, l’auteur du Village de l’Allemand retrouve la liberté et la perspective d’un traitement médical, sous le regard attentif de la communauté littéraire internationale.