Avec L’Ami Louis, Sylvie Le Bihan fait revivre Louis Guilloux, écrivain oublié et ami proche d’Albert Camus
Avec L’Ami Louis, Sylvie Le Bihan fait revivre Louis Guilloux, écrivain oublié et ami proche d’Albert Camus

Pour cette rentrée littéraire 2025, Sylvie Le Bihan délaisse la veine autobiographique ou familiale adoptée par nombre de ses confrères pour offrir un roman singulier, tourné vers la mémoire d’un écrivain oublié : Louis Guilloux. Dans L’Ami Louis (éditions Denoël), elle entrelace fiction et réalité pour faire renaître une figure discrète mais essentielle du XXe siècle littéraire, profondément liée à Albert Camus.

Un hommage romanesque à une figure effacée

Le récit suit Élisabeth, une jeune femme en rupture avec ses origines et son passé, qui se voit confier par Bernard Pivot la préparation d’une émission dédiée à Albert Camus. Cette mission la conduit jusqu’à Saint-Brieuc, à la rencontre de Louis Guilloux, vieil ami du prix Nobel. D’abord méfiant, l’écrivain se dévoile peu à peu, racontant son parcours d’homme de lettres et son lien intime avec Camus : « On ne s’est pas connus, on s’est reconnus », lui confie-t-il. Une phrase qui résume l’âme du roman : la rencontre entre deux sensibilités venues de milieux modestes, nourries par la révolte et la fraternité.

À travers cette quête, Élisabeth devient le trait d’union entre les générations, une passeuse d’histoires. Louis Guilloux, souvent relégué dans les marges de la postérité malgré un prix Renaudot en 1949, y reprend corps et voix. Le roman restitue la profondeur morale de cet homme réservé, engagé, auteur notamment du Sang noir, ouvrage marquant sur les souffrances de la guerre et des laissés-pour-compte.

Une fresque sur l’engagement, la transmission et l’amitié

Au fil de chapitres traversés par les souvenirs, les correspondances oubliées et les amours perdues, Sylvie Le Bihan tisse un portrait nuancé de Guilloux. Elle l’inscrit dans un siècle de luttes et d’idées, entre sa Bretagne natale, Saint-Germain-des-Prés et les pas de Camus. Leur complicité, fondée sur une fidélité aux classes populaires, donne lieu à des pages pleines d’humanité, loin de l’héroïsme figé.

Mais L’Ami Louis n’est pas seulement un roman sur Guilloux. C’est aussi l’histoire d’Élisabeth, qui, au contact de cet homme discret, réconcilie les fragments épars de son passé. Grâce à lui, elle découvre les secrets de sa propre famille, qu’elle croyait à jamais enfouis, et parvient enfin à écrire sur ses origines. La rencontre devient transmission, et le roman, une déclaration d’amour à la littérature, à l’écoute et à la mémoire.

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