SAR Jean-Barthélémy Bokassa, petit-fils de l’empereur Bokassa : « Je possède un bout de lune »
SAR Jean-Barthélémy Bokassa, petit-fils de l’empereur Bokassa : « Je possède un bout de lune »

Premier petit-fils de l’empereur de Centrafrique Jean-Bedel Bokassa, Jean-Barthélémy Bokassa est l’auteur de nombreux ouvrages à succès dont La Saga Bokassa ou Comment épouser un millionnaire : le guide des castors. Il est également peintre, et expose ses tableaux dans le monde entier. Il revient pour Entrevue sur son mythique grand-père et sur son actualité.

Entrevue : Vous êtes le premier des petits-fils de Bokassa, car Bokassa ayant eu 17 épouses, les petits-fils de Bokassa, c’est comme les cirques Zavatta, il y en a une infinité, non ?

Jean-Barthélémy Bokassa : Oui, ils sont beaucoup trop nombreux. Je n’ai pas le temps de les compter. Il a déjà eu 36 enfants.

Si on va en Afrique, on peut en trouver partout dans la rue !

Seulement dans les quartiers chics !

Bokassa était un sergent inconnu dans l’armée française, il va faire l’Indochine en 1950, et tombe sur votre grand-mère au marché de Saïgon. Votre mère naît en 1953.

Il est rappelé par les troupes françaises et ils se perdent de vue. Dix-sept ans passent, entre-temps mon grand-père a fondé un empire, et quand il est au pouvoir, il veut retrouver sa fille. Il met une petite annonce, et l’État vietnamien lui présente une Martine. La dernière fois qu’il l’avait vue, elle avait six mois. Il est donc tout content. Il fait tirer des feux d’artifice. Sauf que la vraie fille tombe sur les articles, et mon grand-père apprend donc que c’était une fausse Martine. Mon grand-père a compris que ma mère était sa vraie fille quand elle lui a raconté qu’il s’était cassé le petit doigt. Mon grand-père disait que c’était pour ça que, quand elle appelait deux cents fois la fausse Martine, elle ne se retournait jamais.

Qu’est-elle devenue ? Elle aurait pu faire une carrière de fausse fille de Bokassa !

Bokassa l’a tout de même adoptée. Elle aura quand même coûté 60 millions de francs pour la retrouver.

Quand vous avez 5 ans, c’est l’opération Barracuda : l’armée française débarque dans le salon au petit matin, et vous demande de dégager.

Oui, ce fut très violent, je me souviens parfaitement des militaires blancs envahir notre palais car je n’avais pas l’habitude de voir des Blancs. Ils nous ont ordonné de partir immédiatement, on n’a rien pu emporter, pas même une photo de famille. Ce n’est pas le peuple centrafricain qui nous a ordonné de partir de notre palais, de notre pays, c’est Giscard et ses barbouzes ! Ma grand-mère vietnamienne ne parlait pas un mot de français, ni le sango, mais elle a compris la situation. Elle était une femme très intelligente. Elle nous a sauvé la vie car les barbouzes de Giscard ont cru qu’elle était notre nounou. Elle nous a aidés à retrouver ma mère au château d’Hardricourt. Les dix-sept femmes de Bokassa sont éparpillées dans toute l’Europe.

Quel était l’intérêt pour Bokassa d’avoir fait tant d’enfants ? Était-il contre l’usage du préservatif ?

Omar Bongo avait une cinquantaine d’enfants : c’était une manière d’affirmer son pouvoir en Afrique. Mon grand-père est né en 1921, les préservatifs n’existaient pas dans sa jeunesse.

Le 4 décembre 77, le sacre de Bokassa est payé par la France et Giscard, donc par nos impôts. Cela représentait 1/4 du PIB de la Centrafrique. Il y avait un carrosse tiré par huit chevaux dont deux sont morts pendant la cérémonie.

C’était un cadeau empoisonné de la part de Giscard : il a offert des chevaux venant de Normandie dans un pays où il fait 45 degrés à l’ombre. Il était un peu débile.

Le carrosse venait de Caroline Chérie, une série française. Il avait repris le sacre de Napoléon, et voulait reconstituer le tableau de David. Il avait invité les arrière-petits-enfants des gens qui étaient sur la photo. Il y avait même un étudiant poitevin, un persifleur, qui avait réussi à se faire inviter, en jet privé, comme roi premier de Bazoche.

Je suis certain que le roi 1er de Bazoche n’a jamais assisté physiquement au couronnement de mon grand-père. Je peux l’affirmer car il n’existe aucune photo de lui au sacre. Je veux expliquer aux lecteurs que lui-même n’a même pas pris de photo de lui à cet événement historique. Assister à un couronnement est une chose rare dans une vie. S’il n’est pas venu avec un photographe, on peut se demander s’il y était vraiment. Et sur la liste officielle des invités, liste que l’on peut trouver sur internet, son nom n’apparaît pas. Cet homme a inventé cette anecdote pour avoir son quart d’heure de gloire… On ne peut pas lui en vouloir.

À quel degré Bokassa a-t-il financé Giscard avec ses diamants ?

À tous les degrés. Quand une des cinq puissances du monde demande à un petit pays d’Afrique de lui offrir des diamants, il ne peut que se soumettre.

Et que dites-vous à propos de cette histoire de chair humaine qu’on avait retrouvée dans les frigos de Bokassa ?

Elle fut inventée l’année où mon grand-père refusa d’offrir des diamants à Giscard et demanda que la France paie l’uranium qu’elle ponctionnait. Mon grand-père considérait Giscard comme un grand ami. D’ailleurs, ils s’appelaient entre eux « chers parents ». Ils se sont rencontrés en 1968 quand Giscard n’était encore qu’un simple ministre. En 1974, mon grand-père a contribué à financer la campagne électorale de Giscard. De 1968 à 1978, Giscard venait chasser chaque année sur nos terres en Centrafrique et dînait au palais de ma famille durant dix ans. De 1977 à 1979, il a entretenu une relation adultérine avec l’épouse de mon grand-père, l’impératrice Catherine. De cette relation, Catherine est tombée enceinte de Giscard. Le service des R.G. français est le plus performant au monde : si mon grand-père se nourrissait vraiment de chair humaine, vous pouvez être certain que Giscard ne serait jamais venu manger une seule fois chez nous ! Il en aurait bien sûr été informé par les R.G. Toute cette propagande négative a été créée jadis par l’équipe de Giscard pour justifier le coup d’État et le pillage qu’ils ont commis ce jour-là au sein de notre palais. Et cela s’appelle également du racisme post-colonial !

Bokassa prétendait avoir des pouvoirs magiques. On lui avait lancé une grenade sur un jet, et il disait avoir pris la grenade et l’avoir relancée.

Exactement, et il a rajouté : « Qui sont ces salopards qui m’ont jeté une grenade ? »

Est-ce que ses pouvoirs magiques sont héréditaires ?

Il n’y a que toi qui puisses me le dire mon cher Simon… (rires)

Armstrong lui avait ramené un bout de la lune. Vous l’avez toujours ?

Bien sûr, il est au coffre.

Ça vaut cher un bout de lune ?

Ça n’a pas de prix. Tout le monde possède des Rolls Royce, des Ferrari, des diamants, des lingots d’or… mais nous sommes l’unique famille sur Terre à posséder un morceau de la lune.

En effet, la plupart des Français possèdent des Rolls ! Est-ce que Bokassa était drôle ?

Il était très drôle, léger, pétillant. Il était cool.

Il faisait des blagues ?

Oui, quand il voulait la paix, il nous demandait de jouer à cache-cache. J’avais une dizaine d’années, avec ses trois grands salons d’apparat, ses vingt chambres, le château d’Hardricourt était immense pour nous. Quand on jouait à cache-cache, on mettait deux jours pour se retrouver, grand-père était certain d’avoir la paix durant des heures.

Quand il voulait avoir la paix, il ne mettait pas les gens en prison ?

Non, ça c’était quand il ne voulait pas mourir !

Vous retournez parfois en Centrafrique ?

Non, car il n’y a pas de palace. J’aime prendre un verre au Ritz, au Crillon, au Bristol, à l’hôtel Costes, à l’Hermitage, à l’Hôtel de Paris de Monte-Carlo. Malheureusement, il n’y a pas l’équivalent en Centrafrique. Mais surtout, je ne retourne pas en Centrafrique car l’Armée Wagner est partout là-bas, les soldats de Wagner pillent le sous-sol, violent les femmes et tuent les citoyens. L’époque de mon grand-père était plus apaisée et tout le monde le regrette.

Il y a une jet-set locale à Bangui ?

Il y a une jet-set locale, mais elle est avec moi à Monaco.

Vous avez écrit un livre sur les castors ?

Oui, les « Castors » désignent les enfants de concierge du début des années 1900 qui étaient élevés par leurs parents dans le but de changer de classe sociale afin de connaître l’aisance financière, pour ne plus devenir concierge. Le terme est une référence à l’animal, le castor, car les castors obtiennent tout ce qu’ils veulent grâce à leur queue. Mais ici, il ne s’agit pas de pénis mais de séduction : savoir charmer et épouser la bonne personne pour devenir millionnaire, voire même milliardaire. Dans mon guide, je donne tous les conseils pour devenir millionnaire en 6 mois !

Parlez-nous un peu de votre actualité. Vous avez sorti il y a deux ans la vodka Prince Bokassa, qui fut un grand succès. Vous sortez désormais un cognac ?

Oui, en 2022, Vince Kocmiel, le fondateur de la société de vodka Kopzo, m’a demandé d’être l’ambassadeur de sa marque de vodka. Il m’a fait confiance et il a conçu et commercialisé en 2022 la vodka « Prince Bokassa » à la mirabelle. La vodka Prince Bokassa a tout de suite connu beaucoup de succès et chaque année avec Vince, nous organisons des soirées people entre Paris, Cannes et Monaco pour remercier notre clientèle. Cette année, avec Vivian Marie, nous commercialisons le cognac Prince Bokassa, c’est un cognac aux saveurs ancestrales qui plaira aux puristes.

Vous sortez aussi une collection de haute joaillerie, racontez-nous !

Elke Berr fait partie de mes plus belles rencontres. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années au festival de Cannes, bien avant le Covid. Notre amitié fut si forte que l’on a eu envie de collaborer ensemble. Elke est une grande joaillière suisse. Elle a gagné de nombreux prix dans le domaine de la haute joaillerie. Un jour, elle m’a proposé d’avoir ma propre collection de haute joaillerie inspirée de mon histoire, de mon amour des diamants et de l’Afrique. Mais je ne voulais pas faire cette collection seul, j’ai donc proposé à l’ami Paul Pogba de nous rejoindre dans cette aventure. Je voulais que cette collection soit inspirée par deux Africains. Tous les trois, nous avons travaillé toute l’année dernière à Monaco sur ce projet. Et aujourd’hui, les collections de haute joaillerie Prince Bokassa et Paul Pogba sont prêtes à la commercialisation. Je suis fier de ces deux collections car elles sont innovantes et ce sont des collections mixtes.

Propos recueillis par Simon Prouvost

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