EXCLU - Que devient Philippe Bouvard ? Cyril Viguier l'a rencontré chez lui à Cannes: "L'humour est toujours là ! Vraiment." (Cyril Viguier, Entrevue)
EXCLU – Que devient Philippe Bouvard ? Cyril Viguier l’a rencontré chez lui à Cannes: « L’humour est toujours là ! Vraiment. » (Cyril Viguier, Entrevue)

Philippe Bouvard, aujourd’hui âgé de 96 ans, vit une retraite paisible dans sa maison de Cannes. Journaliste, animateur de radio et de télévision, il a marqué plusieurs générations d’auditeurs et de téléspectateurs pour son humour et son incroyable longévité dans les médias, notamment avec son émission Les Grosses Têtes sur RTL, qu’il a animée de 1977 à 2014. Écrivain prolifique, il a marqué la culture populaire française. Cyril Viguier, présentateur du Grand J.T. des Territoires sur TV5 Monde, l’a côtoyé durant des années. Cette semaine, il lui a rendu visite. En exclusivité pour Entrevue, il nous parle de sa rencontre avec Philippe Bouvard et nous donne des nouvelles d’un véritable monument du PAF.

Jérôme Goulon : Vous avez rendu visite à Philippe Bouvard cette semaine. Parlez-nous de cette rencontre
Cyril Viguier : Je suis allé le voir chez lui, à Cannes. Ça fait toujours plaisir d’aller échanger avec lui sur le monde, l’actualité, nos métiers. C’est rare d’avoir quelqu’un qui a couvert, depuis René Coty jusqu’à Macron, autant de décennies et autant de changements de leaders, d’opinions, de stars. Il a vraiment une vision qui traverse le siècle.

Vous connaissez Philippe Bouvard depuis longtemps ?
Depuis toujours, puisque je fais ce métier depuis très longtemps. J’ai eu l’occasion de le croiser à chaque étape de ma vie professionnelle et de lui dire combien j’avais admiré le fait qu’il ait exercé ce métier de manière totalement plurielle. Bouvard était capable de rédiger des éditos pour le Figaro Magazine, d’être directeur de France Soir, d’animer des primes et d’inventer des émissions télévisées formidables.

Vous avez évoqué avec lui ses émissions du passé ?
Évidemment. Les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas, mais ses émissions du samedi soir, diffusées en direct, étaient cultes, à l’image de Dix de Der ou Samedi soir, tournée chez Maxime’s. Des émissions diffusées en direct le samedi soir, il n’y en a quasiment plus aujourd’ui. C’était incroyable de faire des talk-shows comme ça, en direct du restaurant Maxime’s. À l’époque, c’était même des prouesses techniques, car il fallait déplacer beaucoup de matériel pour assurer ces directs. Cela n’a rien à voir avec ce qui se passe aujourd’hui, où tout passe par la fibre ou Internet. C’était vraiment des exploits techniques remarquables. Et puis, Bouvard, ce n’est pas que de la télé. Il publiait aussi des livres à succès. Il m’a raconté qu’Un oursin dans le caviar, son best-seller des années 70, s’était vendu à 800.000 exemplaires. Il m’a dit qu’il s’était acheté une maison à Cannes avec les revenus de ce livre. Ce n’était vraiment pas la même époque.

Vous êtes un nostalgique ?
J’adore ces époques parce qu’on y puise une connaissance et une expérience qui permettent de mieux comprendre notre temps. Je dirais que je suis un passéiste nostalgique, mais positif. C’est-à-dire que je puise dans le passé pour essayer de comprendre l’époque actuelle.

Où vit-il aujourd’hui ?
Il vit à Cannes depuis plusieurs années, c’est là que j’ai été le voir. Il est très entouré, par sa femme Colette notamment, une femme remarquable qui a beaucoup contribué à sa carrière en étant toujours à ses côtés. Ses filles vivent également à proximité, et toute la famille est désormais sur la Côte d’Azur. Il est en contact avec ses petits-enfants, dont un qui vit en Californie.

« La télé, c’est maintenant terminé, mais il est encore actif dans la vie et savoure chaque moment. »

Que fait Philippe Bouvard de ses journées ?
Il mène une vie de retraité, car il l’a voulu. Les deux dernières émissions de télé qu’il a faites avec moi ont été des conclusions d’une carrière exceptionnelle. Pour lui, la télé, c’est maintenant terminé, mais il est encore actif dans la vie et savoure chaque moment. Il a toujours été épicurien, il aime manger et sort encore un peu au restaurant. Il a cessé de jouer au casino il y a un an environ. Sa vie reste naturellement affectée par la fatigue liée à son âge.

Pour ceux qui se posent la question, est-ce qu’il a toute sa tête encore ?
Oui. Il a toute sa tête.

De quoi avez-vous parlé ?
De l’actualité, notamment de ce qui se passe au Parlement et de l’État de la France. Il m’a aussi parlé de Brigitte Bardot, qui était sa meilleure ennemie.

Sa meilleure ennemie ?
Oui, il s’était embrouillé avec Brigitte Bardot il y a quelques années. Je crois qu’il l’avait ensuite appelée, et elle est venue le voir en signe de réconciliation.

D’où était née leur brouille ?
Depuis longtemps, il l’avait prise comme tête de Turc dans les médias, de manière très injuste comme il le dit lui-même aujourd’hui. Il a découvert qu’elle était une femme très intelligente, avec des positions bien affirmées, mais respectable à ses yeux. Après cela, ils ont eu une « lune de miel » assez intense en se reparlant.

Quels étaient ses regrets sur son traitement de Brigitte Bardot ?
Il savait qu’il avait négligé et minimisé le fait que ses mimiques et ses positionnements étaient sujets à moqueries. Mais c’était une femme profondément intelligente, avec du cœur. Ils partageaient aussi l’amour des animaux. Philippe Bouvard est un petit chien adorable, compagnon de tous ses jours et de ses nuits. Ils avaient trouvé des valeurs communes très importantes.

Est-ce que Philippe Bouvard écoute Les Grosses Têtes de temps en temps ?
Pas du tout. Il n’écoute plus la radio ni Les Grosses Têtes. Il y a eu un contentieux très lourd avec Ruquier.

« Il n’est s’est pas réconcilié avec Ruquier, ce n’est pas dans son tempérament. Bouvard est un homme au caractère fort. »

Bouvard ne s’est pas réconcilié avec Ruquier ?
Non, il n’est s’est pas réconcilié avec Ruquier, ce n’est pas dans son tempérament. Bouvard est un homme au caractère fort, il n’a pas changé. Il ne se réconcilie pas avec tout le monde, mais il suit l’actualité et il s’intéresse à la vie. Il suit notamment le parcours politique de David Lisnard, maire de Cannes, qui a récemment annoncé sa candidature à la présidentielle. Lisnard lui rend régulièrement visite et ils ont une relation suivie. L’année dernière, il y a eu un hommage lors de l’avant-première d’un documentaire sur Bouvard à Cannes, et David Lisnard était présent.

Qui, du milieu, lui rend encore visite aujourd’hui ?
Muriel Robin lui rend visite. Il reçoit aussi quelques appels d’anciens dirigeants de RTL. Il a des difficultés à entendre, donc ce n’est pas forcément facile.

Est-ce qu’il pense à la fin ?
Il n’en parle pas vraiment. Il dit qu’il est plus proche de la fin que du début pour plaisanter, avec son humour bouvardien, mais ce n’est pas un sujet qu’il aborde sérieusement. C’est un concept très éloigné. C’est dans son caractère. Ces caractères-là, je les ai bien fréquentés : ils ne pensent pas à ce genre de chose. Et c’est ce qui fait leur réussite. Je dis souvent que ce ne sont pas les personnes les plus brillantes qui réussissent leur vie, mais aussi celles qui s’accrochent le plus. Et Philippe Bouvard fait partie de ces personnes-là.

C’est vrai que son début de carrière est assez incroyable…
Oui, nous avons parlé des 200 ans du Figaro justement. Il m’a raconté comment il a commencé comme coursier au Figaro, avant de devenir éditorialiste au Figaro Magazine, puis directeur général de France Soir, un grand journal à l’époque.

« Bouvard est très choqué par certaines évolutions, notamment que l’Assemblée soit devenue une sorte de foire d’empoigne. »

Comment vit-il les changements de notre société ?
Il est passionné par la politique, et Bouvard est très choqué par certaines évolutions, notamment que l’Assemblée soit devenue une sorte de foire d’empoigne. Il respecte profondément les institutions, même s’il a trouvé certains présidents meilleurs que d’autres. Il faut savoir qu’au début de sa carrière, Philippe Bouvard avait tellement la trouille de rencontrer De Gaulle qu’il a prétexté un engagement familial pour ne pas y aller. Aujourd’hui, ce serait l’inverse. Ce serait plutôt l’homme politique qui se défilerait…

Qu’est-ce qui le fait vibrer aujourd’hui ?
Beaucoup de choses. C’est un homme curieux, qui aime manger et s’intéresse à son époque. Son cerveau est toujours actif, ce qui lui permet de tenir à 96 ans. Et puis l’humour est toujours là ! Vraiment.

Pourrait-on refaire du Bouvard aujourd’hui dans les médias ?
Non. Vous imaginez, l’humour gaulois et la grivoiserie, ça ne passe plus. C’est difficile à reproduire. Il y a aujourd’hui des restrictions de liberté, et il en est conscient. Il est choqué par les dénonciations sur Internet et les réseaux sociaux.

Diriez-vous qu’il ne se sent plus en phase avec notre époque ?
Oui, de fait, les icônes des années 70 ne peuvent pas être les icônes des années 2000. C’est un cycle naturel.

Quand on a connu une certaine époque, est-on encore accroché à la vie ? Je fais le parallèle avec Alain Delon, qui disait qu’il ne se reconnaissait plus dans ce monde ?
C’est vrai. Alain Delon me disait parfois qu’il se mettrait une balle, mais il ne l’a jamais fait. Delon était accroché à la vie. Quelques jours avant sa mort, Delon disait encore : « Je veux vivre ! » Bouvard, c’est pareil ! Même si l’époque a changé.

A-t-il peur d’être oublié ?
Non. C’est un épicurien qui a eu une vie formidable. Il a beaucoup travaillé, parfois au détriment de sa vie familiale, et il s’est éclaté dans son métier.

Le fait de ne plus faire de télé a-t-il un impact sur lui ?
C’est une volonté. Il ne veut plus, même si ça fonctionne dans sa tête. À 96 ans, on ne peut plus apparaître comme à 60.

Pour finir, qu’est-ce que Philippe Bouvard aimerait qu’on retienne de lui ?
Qu’il incarnait une forme d’humour français qui ne doit jamais se perdre. C’est ça, je pense, qu’il souhaite que l’on retienne de lui.

Cyril Viguier présente Le «Grand J.T. des Territoires» diffusés à la télévision sur les 50 chaines en région de la TNT et à l’international sur TV5 Monde.
Ce J.T. bi-média est également diffusé en numérique sur tous les sites de la Presse Quotidienne Régionale. Ce qui en fait un des journaux télévisés les plus exposés du PAF.

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