Voici comment la Turquie peut contribuer à la défense de l’Europe
Voici comment la Turquie peut contribuer à la défense de l’Europe

Dans un article publié par le magazine The National Interest, il est indiqué que les pays européens envisagent des moyens de renforcer leurs propres capacités de défense, à la lumière des changements de priorités dans la politique de sécurité des États-Unis.

Cependant, l’auteur de l’article, Ali Mammadov — chercheur titulaire d’un doctorat en sciences politiques de la Schar School of Policy and Government de l’université George Mason — ne pense pas que cela soit réalisable à court terme pour deux raisons principales. La première est que le renforcement des défenses européennes nécessite d’énormes ressources financières, alors que certains pays membres de l’OTAN ont encore des difficultés à consacrer une part suffisante de leur budget à la défense européenne.

La seconde raison est que le niveau actuel des capacités industrielles en Europe pourrait ne pas permettre une production d’équipements militaires à la hauteur des besoins. Face à ces défis, Mammadov estime que le rôle potentiel de la Turquie dans le renforcement de la sécurité européenne suscite un intérêt croissant, notamment après la récente rencontre entre les dirigeants ukrainien et turc en février dernier.

Lors de cette rencontre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exprimé son souhait de voir des troupes turques déployées en Ukraine afin de renforcer la crédibilité d’un éventuel accord de paix avec la Russie.

L’article rappelle que la participation de la Turquie à la sécurité européenne n’est pas une nouveauté, puisqu’elle est membre de longue date de l’OTAN. Sa coopération en matière de défense avec l’Europe s’est intensifiée ces dernières années. Par exemple, le Royaume-Uni a signé un accord de coopération étroite avec la Turquie, tandis que la France mène des négociations pour vendre à Ankara la prochaine génération de missiles Meteor, malgré les inquiétudes exprimées par la Grèce.

En outre, la Turquie devrait participer au prochain sommet de l’Union européenne.

Selon Mammadov, la Turquie, qui possède la deuxième plus grande armée de l’OTAN, a beaucoup à offrir en matière de sécurité. En tant que membre de l’Alliance, le déploiement de ses forces à proximité des frontières ukrainiennes pourrait constituer un moyen de dissuasion contre toute agression russe future.

Par ailleurs, l’industrie de défense turque, en plein essor, pourrait contribuer à la reconstruction des forces armées des pays européens ainsi que de l’armée ukrainienne.

Cependant, le chercheur souligne aussi les obstacles qui pourraient entraver une coopération approfondie entre la Turquie et l’Europe. Parmi eux figurent les problèmes internes en Turquie, source d’inquiétude, ainsi que les relations d’Ankara avec Moscou, qui présentent à la fois des opportunités et des risques stratégiques.

Mais selon Mammadov, le point positif réside dans les canaux diplomatiques que la Turquie entretient avec la Russie, pouvant servir de passerelle pour gérer les crises entre l’OTAN et Moscou.

Néanmoins, ce rapprochement turco-russe soulève des questions sur la crédibilité d’Ankara, alors que l’Europe interagit de plus en plus avec elle.

L’auteur s’attend à ce que la méfiance mutuelle entre la Turquie et l’Europe s’accentue dans un contexte de bouleversements de l’ordre mondial. Ankara a d’ailleurs souvent exprimé sa frustration face à l’échec de l’UE à tenir ses promesses concernant son adhésion.

Pour établir un partenariat sécuritaire structuré, Mammadov propose deux approches : soit une coopération à court terme, de type transactionnel, soit une intégration à long terme de la Turquie dans l’architecture sécuritaire européenne.

Compte tenu des défis sécuritaires actuels auxquels l’Europe est confrontée, et de l’incertitude des relations transatlantiques, l’auteur conclut que l’option la plus judicieuse est d’opter pour un partenariat à long terme. Intégrer la Turquie de manière fondamentale dans le cadre sécuritaire européen permettrait, selon lui, d’assurer une stabilité stratégique et une plus grande flexibilité face aux incertitudes à venir.

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