Trump contourne Israël au profit du Golfe : consternation silencieuse à Jérusalem
Trump contourne Israël au profit du Golfe : consternation silencieuse à Jérusalem

JÉRUSALEM – Alors que Donald Trump multiplie les gestes diplomatiques au Moyen-Orient, enchaînant accords commerciaux et annonces politiques majeures sans passer par Israël, le gouvernement de Benjamin Netanyahou garde un silence pesant, révélateur d’un malaise profond. Le président américain, en visite dans les pays du Golfe, a ostensiblement évité l’État hébreu, concentrant son attention sur des partenariats économiques avec des puissances comme le Qatar, pourtant régulièrement accusé à Jérusalem de soutenir le Hamas.

En parallèle, Trump a engagé des négociations avec l’Iran, mis fin aux frappes contre les Houthis au Yémen – responsables d’attaques contre Israël – et a permis la libération d’un otage américain à Gaza en traitant directement avec le Hamas. Cerise sur le gâteau pour les Israéliens : Washington a annoncé la levée des sanctions contre la Syrie et appelé à une normalisation avec Damas. Pendant ce temps, les sirènes d’alerte retentissaient à Jérusalem et Tel Aviv, ciblées par un missile venu du Yémen.

Officiellement, Trump se veut rassurant, affirmant que sa diplomatie « profitera à Israël », en vantant ses relations étroites avec les États du Golfe. Mais dans les faits, les responsables israéliens constatent leur marginalisation. Netanyahou s’est contenté de remercier le président américain pour la libération d’Edan Alexander, sans commenter les réorientations diplomatiques en cours. Dans la presse israélienne, les critiques fusent. « Le Moyen-Orient est en train de se remodeler sous nos yeux, et Israël en est réduit au rôle d’observateur », écrit le commentateur Yoav Limor dans Israel Hayom.

Cette mise à l’écart intervient alors que Netanyahou, fragilisé par son procès pour corruption et par la gestion controversée de la guerre à Gaza, fait face à une opinion publique israélienne de plus en plus désabusée. Ses alliés ultranationalistes l’encouragent à poursuivre l’offensive contre le Hamas coûte que coûte, alors même que Washington pousse à un cessez-le-feu et à un accord sur les otages.

Pour Jonathan Panikoff, ancien responsable américain du renseignement, cette situation illustre une divergence stratégique nette. « Trump avance selon un agenda transactionnel, centré sur le commerce et les investissements. Si les priorités d’Israël ne s’alignent pas, il poursuivra sa voie », résume-t-il.

Malgré des déclarations de loyauté, les signes d’un désalignement s’accumulent. Les États-Unis ne montrent aucun empressement à soutenir une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. L’administration Trump, elle, préfère mettre fin aux conflits en cours, notamment à Gaza, au nom d’un ordre régional pragmatique.

Face à ce tournant, les responsables israéliens restent prudents. Aucune critique publique n’est formulée, et les négociations de cessez-le-feu pilotées par Washington se poursuivent, avec une délégation israélienne à Doha. Mais sur le terrain, Tsahal intensifie ses frappes sur Gaza, et Netanyahou persiste : « Israël ne s’arrêtera pas et ne se rendra pas. » Un message d’inflexibilité dans un moment de solitude diplomatique.

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