LA HAYE – Les dirigeants de l’OTAN, réunis mercredi aux Pays-Bas, entament un sommet qui pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire de l’Alliance, ou révéler de profondes divisions entre alliés. En toile de fond : les pressions du président américain Donald Trump pour faire grimper drastiquement les dépenses militaires des pays membres, sur fond de tensions géopolitiques accrues.
Alors que le secrétaire général de l’OTAN, le Néerlandais Mark Rutte, espérait encore récemment rallier les pays européens et le Canada à un engagement de dépenses équivalentes à celles des États-Unis, l’Espagne a ouvertement rejeté l’objectif de 5 % du PIB proposé par Trump, qualifiant cette exigence d’« irréaliste ». Une impasse qui pourrait torpiller un consensus essentiel, l’OTAN fonctionnant par l’unanimité de ses 32 membres.
Trump n’a pas tardé à cibler Madrid et Ottawa, les qualifiant de « mauvais payeurs », tout en laissant entendre que cette nouvelle cible budgétaire ne s’appliquerait pas nécessairement aux États-Unis. Ces propos, conjugués à ses critiques passées sur la clause de défense mutuelle (Article 5), ravivent les craintes d’un affaiblissement de l’engagement américain au sein de l’Alliance. Mardi, interrogé sur son adhésion à l’article 5, Trump a répondu de manière énigmatique : « Il y a de nombreuses définitions de l’article 5… Je suis engagé pour la vie et la sécurité. »
Le sommet, réduit à un dîner informel mardi et une brève session de travail mercredi, intervient dans un contexte de tension extrême, alors que Trump a ordonné il y a quelques jours des bombardements contre des installations nucléaires iraniennes. Ce précédent rappelle la fracture de 2003 sur l’intervention en Irak, qui avait profondément divisé les membres de l’OTAN.
Autre point de friction : l’Ukraine. Alors que les Européens veulent maintenir son soutien à l’ordre du jour, Trump semble vouloir limiter la visibilité du président Volodymyr Zelensky. Ce dernier a assisté au dîner royal mardi, mais ne participera pas à la réunion formelle de mercredi, tout comme les autres dirigeants non membres.
Sur le plan opérationnel, l’OTAN veut pouvoir mobiliser 300 000 soldats en 30 jours en cas d’attaque, mais des doutes subsistent sur la faisabilité de cette ambition. En parallèle, un nouvel objectif est envisagé : 3,5 % du PIB pour la défense, plus 1,5 % supplémentaire pour les infrastructures stratégiques. Une escalade budgétaire qui, si elle est adoptée, redéfinira en profondeur les contours de la sécurité européenne.