Paris hausse le ton : la France juge l’aide à Gaza insuffisante et menace Israël de mesures concrètes
Paris hausse le ton : la France juge l’aide à Gaza insuffisante et menace Israël de mesures concrètes

La France a vivement critiqué mardi l’offensive militaire israélienne en cours dans la bande de Gaza et le maintien des restrictions sur l’aide humanitaire, estimant que les efforts d’Israël pour assouplir le blocus sont largement insuffisants. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a mis en garde contre les conséquences d’une telle stratégie, jugeant la situation sur le terrain « intenable ».

Lundi, Israël a laissé passer cinq camions d’aide via le point de passage de Kerem Shalom, transportant notamment de la nourriture pour nourrissons, après avoir fermé l’accès à Gaza durant plus de deux mois. Mais cette ouverture partielle survient alors que l’armée israélienne a simultanément intensifié ses bombardements sur l’enclave, où les autorités sanitaires palestiniennes font état de centaines de morts ces derniers jours, dont 50 mardi, après une nuit marquée par 130 décès supplémentaires.

« Gaza est devenue un lieu d’agonie, pour ne pas dire un cimetière », a déclaré Jean-Noël Barrot sur les ondes de France Inter, dénonçant la violence « aveugle » de l’armée israélienne et le blocage persistant de l’aide humanitaire. Il a jugé que l’autorisation accordée à seulement cinq camions était « totalement insuffisante » et a exhorté à une mobilisation internationale pour une aide « immédiate, massive et sans entrave ».

Dans une prise de position inhabituelle par sa fermeté, la France, le Royaume-Uni et le Canada ont menacé lundi de prendre des « mesures concrètes » contre Israël si celui-ci ne mettait pas fin à son offensive actuelle et ne levait pas les restrictions sur l’aide humanitaire. Les détails de ces mesures n’ont pas été précisés, mais les diplomates évoquent des démarches prudentes, compte tenu des liens stratégiques avec Israël.

Les relations entre Paris et Tel-Aviv se sont nettement dégradées ces derniers mois, alors que la France adopte une ligne plus critique envers la conduite de la guerre à Gaza. Lors d’une réunion prévue le 18 juin à New York, Paris a évoqué la possibilité de reconnaître un État palestinien, sous certaines conditions, une initiative qui a suscité l’ire du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.

Ce dernier a réagi fermement, accusant les dirigeants occidentaux de vouloir « récompenser » les auteurs de l’attaque du 7 octobre 2023, lors de laquelle environ 1 200 personnes ont été tuées en Israël par des militants du Hamas, selon les autorités israéliennes. « En demandant à Israël de cesser une guerre défensive avant que le Hamas ne soit détruit, ils encouragent de futures atrocités », a-t-il écrit sur le réseau X.

Interrogé sur les mesures concrètes évoquées, Jean-Noël Barrot a précisé que certains pays membres de l’Union européenne, dont la France, réclamaient désormais un réexamen de l’accord d’association UE-Israël, en particulier sur le respect des clauses relatives aux droits humains. Si des violations avérées étaient constatées, une suspension de l’accord pourrait être envisagée, ce qui aurait des répercussions économiques pour Israël.

« Les images qui nous parviennent de Gaza, la situation dramatique des civils, des femmes et des enfants, nous imposent d’agir », a conclu le ministre français, soulignant la détermination croissante de Paris à peser sur le cours du conflit.

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