DUBAI — Alors que les négociations entre l’Iran et les États-Unis s’intensifient autour du programme nucléaire de la République islamique, plusieurs sites stratégiques disséminés à travers le pays concentrent l’attention de la communauté internationale. Du cœur de Téhéran jusqu’aux montagnes du plateau central, ces installations témoignent de la complexité et de la portée du programme atomique iranien, aussi bien civil que potentiellement militaire.
Parmi les sites les plus sensibles figure l’installation d’enrichissement d’uranium de Natanz, à environ 220 kilomètres au sud-est de la capitale. Principal centre d’enrichissement du pays, une partie de l’infrastructure est enfouie sous terre afin de la protéger d’éventuelles frappes aériennes. Plusieurs cascades de centrifugeuses y fonctionnent simultanément, accélérant le processus d’enrichissement. L’Iran creuse également dans la montagne Kūh-e Kolang Gaz Lā, au sud du complexe. Natanz a été la cible de plusieurs actes de sabotage attribués à Israël, dont le virus Stuxnet — un programme malveillant développé conjointement par les États-Unis et Israël — qui a causé des dégâts importants aux centrifugeuses iraniennes.
Autre installation souterraine, le site de Fordo, situé à 100 kilomètres au sud-ouest de Téhéran, est protégé par une montagne et des batteries antiaériennes. Moins vaste que Natanz, il abrite néanmoins des centrifugeuses capables de produire de l’uranium enrichi. Sa construction, amorcée dès 2007 selon l’AIEA, n’a été révélée qu’en 2009 sous la pression des renseignements occidentaux.
À l’inverse, l’unique centrale nucléaire civile iranienne, située à Bushehr sur le golfe Persique, alimente le réseau national en électricité. Lancé sous le règne du Shah dans les années 1970, le projet a été finalisé bien plus tard par la Russie. Alimentée en uranium russe et placée sous surveillance de l’AIEA, la centrale échappe aux préoccupations immédiates de prolifération. Deux réacteurs supplémentaires y sont actuellement en construction.
Le réacteur à eau lourde d’Arak, à 250 kilomètres de Téhéran, représente quant à lui une voie alternative vers la bombe atomique, en produisant du plutonium comme sous-produit. Bien que l’Iran se soit engagé en 2015 à redessiner l’installation pour atténuer les risques de prolifération, sa capacité théorique à générer du matériel fissile militaire reste une source d’inquiétude.
Parmi les autres infrastructures majeures figure le Centre de technologie nucléaire d’Ispahan, situé à 350 kilomètres au sud-est de la capitale. Ce complexe emploie des milliers de scientifiques et abrite plusieurs réacteurs de recherche d’origine chinoise, essentiels à la formation et à la recherche nucléaire.
Enfin, au cœur de Téhéran, le Réacteur de recherche de Téhéran occupe les locaux de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran. Ce réacteur avait été fourni par les États-Unis en 1967 dans le cadre du programme « Atomes pour la paix », avant d’être modifié pour fonctionner à l’uranium faiblement enrichi afin de limiter les risques de détournement à des fins militaires.
Ces sites illustrent l’ampleur et la diversité du programme nucléaire iranien, entre ambitions énergétiques et suspicions de visées militaires. Leur surveillance et leur encadrement demeurent au cœur des pourparlers diplomatiques entre l’Iran et les puissances occidentales.