Dans une tentative majeure de débloquer un accord commercial avec les États-Unis, l’Inde a proposé de réduire de près des deux tiers l’écart tarifaire moyen avec Washington, selon des sources gouvernementales citées par Reuters. Cette concession inédite vise à obtenir une exemption des hausses de droits de douane en vigueur ou envisagées par l’administration Trump, qui a relancé une offensive protectionniste depuis son retour à la Maison Blanche.
Concrètement, New Delhi envisage de faire passer l’écart tarifaire non pondéré entre les deux pays de 13 % à moins de 4 %, soit une baisse de 9 points de pourcentage. Il s’agit de l’un des gestes les plus significatifs consentis par l’Inde pour faire tomber les barrières commerciales et s’assurer une place dans la stratégie économique mondiale des États-Unis.
Les échanges bilatéraux entre les deux puissances ont atteint 129 milliards de dollars en 2024, mais l’Inde continue de dégager un excédent commercial conséquent de 45,7 milliards. Face à la volonté de Donald Trump de rééquilibrer les comptes, l’Inde a présenté une offre ambitieuse : suppression des droits de douane sur 60 % des lignes tarifaires dès la première phase de l’accord et accès préférentiel pour 90 % des produits américains.
En contrepartie, New Delhi espère un traitement de faveur sur ses exportations de secteurs clés comme les textiles, les pierres précieuses, les produits agricoles et la chimie, mais aussi un accès accru au marché américain pour ses produits phares comme les bananes, les crevettes ou les vêtements. L’Inde souhaite également des concessions sur les technologies critiques, espérant obtenir le même statut que les alliés stratégiques de Washington tels que le Japon, l’Australie ou le Royaume-Uni.
Cependant, l’exemption totale des tarifs douaniers sur les exportations indiennes reste une demande ambitieuse, difficilement conciliable avec le précédent accord américano-britannique. Celui-ci maintient notamment un tarif de base de 10 % sur les produits britanniques malgré une baisse générale des droits.
Pour séduire Washington, l’Inde propose aussi d’assouplir ses propres restrictions à l’importation sur des produits américains de forte valeur : avions, véhicules de luxe, équipements médicaux, vins et spiritueux, ou encore baies et produits pétroliers.
Une délégation indienne est attendue aux États-Unis dans les prochaines semaines pour tenter de concrétiser l’accord, alors que le ministre du Commerce Piyush Goyal pourrait lui-même s’y rendre. Selon un responsable indien, New Delhi espère finaliser l’accord rapidement, en concurrence avec le Japon, également en pourparlers avec Washington.
Cet effort de rapprochement s’inscrit dans un contexte géopolitique incertain, marqué par la volonté des États-Unis de resserrer les liens commerciaux avec des partenaires fiables, face à une Chine toujours plus influente. Pour l’Inde, il s’agit d’une opportunité stratégique de se repositionner comme partenaire privilégié, sur fond de rivalité régionale et d’enjeux technologiques mondiaux.