LONDRES — Le Royaume-Uni a signé jeudi un accord historique avec l’île Maurice visant à transférer la souveraineté de l’archipel des Chagos, tout en conservant le contrôle de la base militaire stratégique de Diego Garcia dans le cadre d’un bail de 99 ans. Cet accord, d’une valeur de plusieurs milliards de livres sterling, scelle l’avenir de cette base conjointe américano-britannique située dans l’océan Indien, essentielle selon Londres pour la sécurité nationale et les opérations militaires globales des puissances occidentales.
La signature est intervenue après la levée d’une injonction de dernière minute ordonnée par la Haute Cour de Londres à la demande de Bertrice Pompe, une ressortissante britannique née à Diego Garcia. Elle contestait le fait que les habitants chagossiens, expulsés de force dans les années 1960 et 1970, aient été exclus des négociations. Le juge Martin Chamberlain a toutefois estimé que bloquer l’accord nuirait considérablement aux intérêts du Royaume-Uni.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a défendu l’accord, le qualifiant de « fondamental pour la protection à long terme des intérêts britanniques dans une région soumise à des tensions croissantes », notamment face aux menaces dans la mer Rouge et l’Indo-Pacifique. Il a aussi insisté sur les garanties obtenues pour empêcher toute influence étrangère malveillante, en particulier de la Chine, que l’opposition conservatrice accuse de chercher à étendre son empreinte dans la région via Maurice.
Du côté mauricien, le Premier ministre Navin Ramgoolam a salué une « reconnaissance totale de notre souveraineté sur les Chagos », évoquant l’aboutissement d’un long processus de décolonisation. Il a toutefois regretté le temps qu’il a fallu pour parvenir à cet accord, initialement annoncé en octobre 2024. Le gouvernement mauricien recevra 3 milliards de livres sur 99 ans, avec une clause de prolongation de 50 ans et un droit de premier refus pour le Royaume-Uni.
Les États-Unis, également partie prenante de l’accord via leur présence militaire à Diego Garcia, ont exprimé leur satisfaction. Le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que l’accord « assure un fonctionnement stable et efficace à long terme de la base conjointe », qui a récemment servi à des frappes contre les Houthis au Yémen, à des opérations humanitaires à Gaza et à des missions en Afghanistan.
Malgré les avancées diplomatiques, la signature ne clôt pas tous les débats. Les membres de la diaspora chagossienne, installés pour beaucoup au Royaume-Uni, réclament toujours réparation et un droit de retour. Pour eux, la souveraineté symbolique ne suffit pas sans inclusion réelle. L’opposition parlementaire, emmenée par Priti Patel, dénonce un « accord de reddition » qui trahirait les intérêts britanniques, tant financiers que géostratégiques.
Alors que le gouvernement Starmer tente de justifier cette décision comme un compromis pragmatique pour sécuriser une installation militaire essentielle tout en respectant une revendication historique de Maurice, la controverse autour du sort des Chagossiens promet de perdurer.