KUALA LUMPUR – Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a rencontré vendredi son homologue chinois Wang Yi, dans un climat de vives tensions commerciales entre les deux superpuissances, lors du sommet régional de l’ASEAN à Kuala Lumpur. C’est la première rencontre en personne entre les deux diplomates depuis l’entrée en fonction de Rubio, qui effectue actuellement sa première tournée asiatique.
La réunion intervient alors que la Maison Blanche, sous l’impulsion du président Donald Trump, a récemment annoncé une série de droits de douane élevés visant de nombreux partenaires économiques d’Asie, y compris certains alliés traditionnels des États-Unis. Des taxes de 25 % frapperont le Japon, la Corée du Sud et la Malaisie dès le 1er août, tandis que d’autres pays de la région seront soumis à des prélèvements allant jusqu’à 40 %.
Pékin a réagi avec virulence à ces mesures, qualifiant cette politique de « comportement d’intimidation unilatéral typique », selon les propos relayés vendredi par le ministère chinois des Affaires étrangères. Wang Yi a également averti que ces actions visaient à marginaliser la Chine dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment en incitant les pays de l’ASEAN à conclure des accords d’exclusion.
Rubio, de son côté, cherche à rassurer ses partenaires asiatiques sur l’engagement des États-Unis dans la région indo-pacifique, affirmant que Washington demeure un partenaire plus fiable que Pékin. Il a profité de son passage à Kuala Lumpur pour rencontrer les ministres des Affaires étrangères de Thaïlande, du Cambodge et d’Indonésie, en insistant sur la volonté américaine de renforcer les liens stratégiques malgré les turbulences commerciales.
Le chef de la diplomatie américaine s’est également dit préoccupé par le rôle supposé de soutien de la Chine à la Russie dans la guerre en Ukraine, un autre point de friction entre les deux pays. Selon lui, Pékin ne peut prétendre à une posture de neutralité tout en soutenant, même indirectement, l’effort militaire russe.
Les tensions restent vives alors que la Chine a jusqu’au 12 août pour négocier un accord qui pourrait empêcher Trump de réimposer une série de mesures encore plus strictes sur ses exportations. En coulisses, plusieurs diplomates de la région se sont dits inquiets d’un retour à une guerre commerciale totale susceptible de déstabiliser leurs économies fragiles.
Ce face-à-face entre Rubio et Wang Yi cristallise les profondes fractures stratégiques et économiques entre les États-Unis et la Chine, dans une région où l’équilibre des influences est plus incertain que jamais.