WASHINGTON — Un haut responsable hongrois nommé par le Premier ministre Viktor Orban a cherché à obtenir des informations sensibles sur des partenaires locaux de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), lors d’une rencontre cette semaine avec des responsables de l’administration Trump à Washington. La démarche, perçue par plusieurs fonctionnaires américains comme une tentative d’intimider les opposants politiques d’Orban avant les élections de 2026, a suscité une vive inquiétude.
La délégation, conduite par Andras Laszlo, eurodéputé du parti au pouvoir Fidesz, a rencontré jeudi au siège de l’USAID plusieurs responsables nommés par Trump, notamment Kenneth Jackson, administrateur adjoint de l’agence. Selon une source proche du dossier, les représentants américains ont poliment refusé de fournir les données demandées, craignant qu’elles ne soient utilisées pour renforcer la répression contre les médias indépendants et la société civile en Hongrie.
Laszlo, récemment nommé commissaire chargé d’enquêter sur les influences étrangères en Hongrie, a affirmé que certaines organisations financées par l’USAID avaient un « impact politique significatif » et devaient être surveillées. Il a nié vouloir cibler des opposants, assurant vouloir « comprendre » les activités passées pour mieux prévenir les risques d’ingérence.
Le gouvernement Orban multiplie depuis plusieurs années les attaques contre les ONG, les journalistes indépendants et les institutions démocratiques, qu’il accuse de servir des intérêts étrangers. Un projet de loi récemment présenté par le Fidesz permettrait de dresser une liste des organisations recevant des fonds de l’étranger et d’imposer des amendes ou des fermetures administratives, dans une logique que certains comparent à la législation russe sur les « agents étrangers ».
Officiellement, la rencontre à Washington avait pour but de discuter de l’ingérence politique étrangère dans les élections hongroises de 2022. Mais selon plusieurs analystes, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large d’Orban visant à affaiblir toute opposition avant un scrutin qui s’annonce difficile.
Le département d’État américain, qui a confirmé la réunion, a recommandé à la délégation hongroise de s’adresser à Marco Rubio, actuel secrétaire d’État, pour organiser de futures discussions formelles. Laszlo a reconnu que les fonctionnaires américains avaient manifesté de la « réserve » lors des échanges.
Le programme d’assistance de l’USAID en Europe centrale, lancé en 2022, a distribué 35 millions de dollars pour soutenir la démocratie et les médias indépendants dans des pays comme la Hongrie, la Pologne ou la Slovaquie. Ce programme est dans le collimateur de Budapest, qui y voit un outil d’influence déguisé.
L’affaire survient dans un contexte où l’administration Trump, de retour au pouvoir depuis janvier, a drastiquement réduit les financements de l’USAID et supprimé une grande partie de son personnel, dans le cadre d’une vaste campagne de réduction des dépenses menée par le Département de l’efficacité gouvernementale dirigé par Elon Musk.
Cette tentative de collecte d’informations par un proche d’Orban jette une lumière crue sur la coopération croissante entre les milieux conservateurs américains et le pouvoir hongrois. Des figures du mouvement MAGA comme Steve Bannon ou Tucker Carlson affichent depuis longtemps leur admiration pour le modèle autoritaire revendiqué par Orban — une « démocratie illibérale » que ses détracteurs jugent de plus en plus incompatible avec les valeurs occidentales.