NAIROBI — En pleine montée des tensions internes et alors que le pays frôle à nouveau la guerre civile, le président sud-soudanais Salva Kiir a profondément remanié la direction de son parti au pouvoir, le SPLM (Mouvement populaire de libération du Soudan), en nommant à la vice-présidence un allié de longue date, Benjamin Bol Mel, pourtant sanctionné par les États-Unis.
Ce changement stratégique, annoncé mardi soir à la télévision d’État via un décret présidentiel, place Bol Mel — ancien deuxième vice-président — à un poste clé du parti présidentiel. Ce geste intervient alors que la communauté internationale s’inquiète de plus en plus du risque d’embrasement politique au Soudan du Sud, pays toujours marqué par les séquelles d’une guerre civile meurtrière.
Benjamin Bol Mel, homme d’affaires influent et fidèle de Kiir, est sous le coup de sanctions américaines depuis 2017. Washington l’accuse d’avoir profité d’un favoritisme dans l’attribution de contrats publics à travers sa société de construction. Sa promotion laisse entrevoir une potentielle succession orchestrée par Kiir, âgé de 73 ans, au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 2011. Dans l’éventualité d’un départ de Kiir, ce nouveau poste conférerait à Bol Mel la direction intérimaire du pays.
Ce remaniement intervient dans un contexte particulièrement instable : des affrontements opposent à nouveau les forces loyales à Kiir, majoritairement Dinka, à celles de Riek Machar, le premier vice-président et figure emblématique de l’opposition, issu de la communauté Nuer. Machar a récemment été placé en résidence surveillée par les autorités, qui l’accusent de préparer une nouvelle rébellion — ce que son parti nie vigoureusement. L’opposition estime que cette mesure viole l’accord de paix signé en 2018, censé avoir mis un terme à cinq années de guerre civile.
La décision de Kiir a également conduit à la rétrogradation de trois vétérans historiques de la lutte pour l’indépendance du Soudan du Sud, dont l’ancien vice-président James Wani Igga. Ce renouvellement en profondeur du sommet du SPLM accentue les spéculations sur les intentions de Kiir, notamment quant à sa succession, à l’approche d’élections générales encore incertaines.
Face à cette détérioration de la situation sécuritaire et politique, plusieurs chancelleries occidentales, dont les ambassades des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Allemagne, ont réduit ou suspendu leurs activités diplomatiques dans le pays.
Ce tournant politique majeur s’inscrit dans une séquence préoccupante pour le Soudan du Sud, déjà confronté à des conflits armés localisés, une économie en déroute et une fragilité institutionnelle chronique. La promotion de Bol Mel, malgré son passif controversé, apparaît comme un pari risqué de la part de Salva Kiir, qui semble vouloir resserrer son cercle de confiance alors que le pays glisse à nouveau vers l’instabilité.