L’île de Chypre a été le théâtre de commémorations contrastées dimanche, alors que les Chypriotes grecs rendaient hommage aux victimes de l’invasion turque de 1974, tandis que les Chypriotes turcs célébraient l’anniversaire de ce qu’ils considèrent comme une « opération de paix ». Cinquante et un ans après le début de l’occupation du nord de l’île par l’armée turque, la division reste intacte, et les perspectives de réunification toujours aussi incertaines.
À 5h30 du matin, heure locale, les sirènes ont retenti dans le sud de l’île, marquant l’heure précise à laquelle les troupes turques ont débarqué sur les côtes nord, le 20 juillet 1974. Cette intervention faisait suite à un coup d’État mené par des partisans d’Enosis, l’unification de Chypre avec la Grèce, déclenché par la junte militaire grecque au pouvoir à l’époque.
Le président chypriote Nikos Christodoulidis a participé à une cérémonie sobre au cimetière militaire de Tymvos Makedonitissas, à Nicosie, en mémoire des soldats tombés lors de l’invasion. De l’autre côté de la ligne verte, le président turc Recep Tayyip Erdogan était attendu dans le nord de l’île pour prendre part aux festivités marquant l’anniversaire de l’intervention militaire turque, qualifiée d’« acte de libération » par les autorités de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), un État reconnu uniquement par Ankara.
Depuis 1974, l’île est divisée entre une partie sud, dirigée par des Chypriotes grecs et membre de l’Union européenne, et une partie nord sous administration chypriote turque. Plusieurs tentatives de réunification, sous l’égide des Nations Unies, ont échoué, la dernière en date ayant échoppé sur des désaccords profonds quant à la structure politique de l’État unifié.
Les tensions sur l’île ont également des répercussions internationales, exacerbant les relations entre deux alliés théoriques de l’OTAN, la Grèce et la Turquie. Elles compliquent par ailleurs les ambitions européennes de la Turquie, régulièrement mises à mal par ses actions dans les eaux méditerranéennes et son soutien indéfectible à la RTCN.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a affirmé jeudi que les discussions sur des « mesures de confiance » allaient se poursuivre entre les deux parties. « Le chemin à parcourir est long », a-t-il reconnu, laissant peu d’illusions quant à une solution rapide à l’un des conflits gelés les plus anciens du continent européen.