La Belgique a franchi un pas symbolique ce mardi 2 septembre. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il reconnaîtra officiellement l’État de Palestine. Mais pas sans conditions. Cette reconnaissance, attendue par une partie de la classe politique et de l’opinion publique, reste suspendue à deux critères jugés incontournables : la libération de tous les otages israéliens encore détenus à Gaza et la fin du rôle politique du Hamas, que ce soit par son départ volontaire ou par son démantèlement pur et simple.
En clair, la Belgique ne bougera que si ces deux exigences sont respectées. « Le dernier otage doit être libéré et le Hamas ne peut plus assumer la moindre gestion politique en Palestine », a insisté Maxime Prévot sur X. Dans ce cas seulement, la reconnaissance sera formalisée, probablement lors de la session de l’Assemblée générale des Nations Unies prévue à la fin du mois de septembre.
Des discussions tendues pour la reconnaissance de l’État palestinien par la Belgique
Cet accord gouvernemental a été obtenu au terme de discussions tendues et il n’a rien d’un consensus. Les composantes de droite de la coalition, la N-VA et le MR, ont exprimé de fortes réserves, considérant qu’une telle annonce, même conditionnelle, risquait de fragiliser la sécurité d’Israël et d’envoyer un mauvais signal diplomatique. À l’inverse, Les Engagés, rejoints par une partie des socialistes et des écologistes, estiment que cette décision est une étape nécessaire pour relancer un processus de paix bloqué et affirmer le rôle de la Belgique sur la scène internationale. Le Premier ministre Bart De Wever a dû trancher : oui à la reconnaissance, mais sous conditions strictes, avec deux garde-fous clairs.
Avec cette approche, la Belgique choisit une voie médiane. Elle se démarque des pays comme l’Espagne, l’Irlande ou la Norvège, qui ont déjà reconnu la Palestine sans conditions, tout en affichant une volonté politique forte. Mais dans les faits, elle place la balle dans le camp du Hamas. Une manière de dire : si vous voulez que la communauté internationale avance, prouvez-le par des actes.
Le Hamas acceptera-t-il de déposer les armes ?
Reste que cette position ouvre la porte à deux interrogations lourdes. Le Hamas acceptera-t-il de déposer les armes et de quitter le pouvoir à Gaza ? Rien, dans son histoire ou dans sa stratégie, ne le laisse présager. Depuis 2007, le mouvement islamiste contrôle la bande de Gaza sans partage, écartant ses rivaux et imposant son autorité. Imaginer qu’il renonce volontairement à son pouvoir relève de l’hypothèse théorique plutôt que de la réalité politique, sauf à ce que la pression militaire et diplomatique l’y contraigne.
Et si le Hamas ne libère pas les otages ? Cette question est tout aussi déterminante. Pour Israël, la libération est une priorité absolue. Pour la Belgique, elle est désormais la clé de voûte de toute décision diplomatique. Mais si le Hamas persiste, Bruxelles se retrouvera face à un dilemme : maintenir sa ligne dure et repousser indéfiniment la reconnaissance, au risque de perdre en crédibilité, ou bien assouplir ses conditions, ce qui serait perçu comme une concession dangereuse à un mouvement terroriste.
En réalité, la Belgique a choisi une posture qui lui permet d’affirmer sa volonté de soutenir une solution à deux États tout en gardant les mains libres. Mais chacun sait qu’à court terme, les deux conditions fixées ressemblent davantage à des obstacles insurmontables qu’à des étapes réalistes. La reconnaissance de la Palestine par la Belgique reste donc, pour l’instant, une promesse suspendue, tributaire d’un contexte explosif et de choix que le Hamas n’a, jusqu’ici, jamais accepté de faire.
Lahcen Isaac Hammouch
Journaliste et correspondant pour entrevue.fr