Figure mondiale de l’intelligence artificielle, le chercheur français Yann LeCun s’apprête à tourner la page Meta. Selon les informations du Financial Times, confirmées par plusieurs sources proches du dossier, l’ingénieur quitterait prochainement le groupe américain pour créer sa propre société dédiée à la recherche et au développement en IA.
Un pionnier français de l’IA en désaccord avec la stratégie de Meta
Arrivé en 2013 chez Facebook, devenu Meta en 2021, Yann LeCun avait été nommé responsable mondial de la recherche en intelligence artificielle. Lauréat du prestigieux prix Turing en 2018, qu’il partageait avec Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton, il est considéré comme l’un des fondateurs du deep learning, cette approche basée sur les réseaux neuronaux artificiels. Mais ces dernières années, le chercheur français s’est montré critique à l’égard de l’orientation prise par le groupe dirigé par Mark Zuckerberg. Opposé à la logique des grands modèles de langage, à la base d’outils comme ChatGPT, Yann LeCun défend une autre vision : celle d’une intelligence artificielle capable de comprendre et de raisonner plutôt que d’accumuler des données. Pour lui, les modèles actuels restent « limités » et ne constituent pas la voie vers une IA véritablement intelligente.
Une rupture dans un contexte de réorganisation interne
Ce départ intervient alors que Meta a engagé une profonde réorientation de sa stratégie en matière d’IA. Ces derniers mois, Mark Zuckerberg a créé une nouvelle entité baptisée Superintelligence Labs, regroupant l’ensemble des équipes de recherche et des infrastructures de calcul du groupe. À la tête de cette structure, il a nommé Alexandr Wang, entrepreneur américain et cofondateur de la start-up Scale AI. Selon plusieurs observateurs du secteur, Yann LeCun aurait mal vécu cette réorganisation qui le plaçait désormais sous la responsabilité directe de Wang, rompant avec l’autonomie dont il bénéficiait jusque-là.
Une nouvelle aventure entrepreneuriale en préparation
À 65 ans, celui qui a longtemps enseigné à l’université de New York envisage de lancer sa propre structure afin de poursuivre des travaux de recherche indépendants, centrés sur ce qu’il appelle « l’intelligence artificielle auto-supervisée ». Ce modèle vise à reproduire la manière dont les humains apprennent du monde sans supervision constante. Le départ de Yann LeCun, qui n’a pour l’heure fait l’objet d’aucun commentaire officiel de la part de Meta, symbolise un tournant pour le groupe américain. Il marque aussi un moment clé pour la recherche française, dont il demeure l’une des figures les plus respectées à l’international.