Une juge fédérale américaine a prolongé jeudi une mesure empêchant l’administration Trump de suspendre la capacité de l’université Harvard à accueillir des étudiants internationaux. Cette décision constitue une victoire importante pour l’établissement de l’Ivy League, actuellement ciblé par plusieurs actions du gouvernement fédéral. La juge Allison Burroughs, basée à Boston, a indiqué qu’elle délivrerait une injonction préliminaire, six jours après avoir déjà accordé une ordonnance temporaire en faveur de l’université.
Cette annonce est intervenue alors que des milliers d’étudiants recevaient leurs diplômes sur le campus de Harvard, à seulement quelques kilomètres de la salle d’audience. Le président de l’université, Alan Garber, a salué les diplômés venus « de tout le pays et du monde entier », défendant ainsi l’inclusivité de l’établissement. Environ 25 % des étudiants de Harvard sont étrangers, un pourcentage qui grimpe à près de 60 % à la Harvard Kennedy School.
L’administration Trump a lancé une série de mesures contre Harvard, accusée notamment de partialité idéologique et de collusions non prouvées avec le Parti communiste chinois. Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) avait initialement annoncé une révocation immédiate de la certification de Harvard, empêchant ainsi l’inscription de nouveaux étudiants internationaux et menaçant le statut légal de ceux déjà présents. Toutefois, le DHS est revenu partiellement sur sa décision mercredi soir, en accordant un délai de 30 jours à l’université pour contester la révocation.
Lors de l’audience, l’avocat du gouvernement a soutenu que ce nouveau délai rendait l’intervention du tribunal superflue. Mais la juge Burroughs, nommée par Barack Obama, s’est montrée sceptique, affirmant que le litige risquait fort de se retrouver dans la même impasse ultérieurement. Elle a aussi relevé que certains visas avaient été révoqués malgré l’ordonnance temporaire de la cour, ce qui soulève des doutes sur le respect de cette décision par l’administration.
Harvard accuse le gouvernement de représailles politiques, après avoir refusé de se soumettre aux pressions visant à modifier son programme, sa gouvernance ou l’orientation idéologique de son corps professoral. L’université a d’ailleurs lancé une seconde procédure judiciaire pour contester la suppression de près de trois milliards de dollars de financement fédéral. La présidente de l’Association américaine des universités a dénoncé une « attaque contre la liberté académique » et mis en garde contre une fuite des talents étrangers vers d’autres pays.
La Secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a de son côté accusé Harvard, sans preuves, de favoriser l’antisémitisme, la violence et d’abriter des étudiants impliqués dans des activités suspectes. La procédure reste en cours, mais la juge Burroughs a confirmé le maintien de l’injonction temporaire pendant que les discussions entre les deux parties se poursuivent.