À l’occasion de la cérémonie religieuse du Te Deum, célébrée dimanche à Buenos Aires pour commémorer l’anniversaire de la Révolution de Mai 1810, l’archevêque Jorge García Cuerva a adressé un sévère réquisitoire contre la politique sociale du président Javier Milei. En présence du chef de l’État et de son cabinet, réunis dans la cathédrale métropolitaine, le prélat a dénoncé la marginalisation croissante des plus vulnérables en Argentine.
« Notre pays saigne », a lancé l’archevêque, anciennement proche du terrain social et désormais à la tête de l’archidiocèse de Buenos Aires, poste autrefois occupé par le pape François. « Tant de frères et sœurs souffrent de marginalisation et d’exclusion. La fraternité, la tolérance et le respect sont en train de mourir. »
Depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, libertaire convaincu et chantre du « choc économique », le gouvernement argentin a imposé une politique de rigueur budgétaire drastique. Les coupes dans les dépenses publiques ont affecté de plein fouet les populations les plus fragiles, notamment les retraités. Ces derniers manifestent chaque semaine dans la capitale pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de vie, souvent confrontés à une répression policière musclée.
« Les retraités méritent une vie digne avec accès aux médicaments et à la nourriture », a insisté García Cuerva. « Cette blessure, ouverte et saignante depuis des années, nous devons la guérir rapidement en tant que société. »
Le sermon du prélat a aussi critiqué la violence verbale qui domine actuellement le débat public argentin. Évoquant « l’agression constante sur les réseaux sociaux », il a appelé à « mettre fin à la haine ». « Nous avons franchi toutes les limites. Disqualification, agressions constantes, mauvais traitements et diffamation semblent monnaie courante », a-t-il déploré.
Le gouvernement de Milei, adepte d’une communication offensive et provocante, utilise fréquemment les réseaux sociaux pour insulter ses opposants. Économistes, journalistes ou responsables politiques critiques sont régulièrement qualifiés par des termes tels que « babouins », « dégénérés », « sous-performants » ou encore « mongoloïdes », un langage qui choque une partie croissante de la société civile.
Présent dans la nef, le président Milei a écouté le discours de l’archevêque avec un visage fermé. Ce prêche, prononcé dans un moment de grande solennité nationale, traduit une inquiétude profonde de l’Église catholique argentine face à la montée des inégalités, à la dégradation du lien social et à une gouvernance qui semble, aux yeux de nombreux croyants, manquer d’humanité.
Dans un pays en proie à une inflation persistante et à une pauvreté structurelle, cette prise de parole marque une nouvelle fracture entre la hiérarchie catholique et un exécutif dont les choix économiques sont de plus en plus contestés.