Une vaste enquête de l’agence Reuters révèle que des milliers de soldats et combattants affiliés au gouvernement syrien ont pris part à une vague d’attaques sanglantes contre des villages alaouites sur la côte ouest du pays en mars 2025. Entre le 7 et le 9 mars, près de 1 500 personnes, majoritairement des civils, ont été tuées dans la région de Lattaquié, bastion traditionnel du régime de Bachar al-Assad, lui-même issu de cette minorité religieuse.
Selon les témoignages recueillis et les documents examinés par Reuters, les forces impliquées dans ces massacres comprenaient des unités régulières de l’armée syrienne, des milices paramilitaires loyales au régime, ainsi que des combattants étrangers venus notamment d’Irak et du Liban. Des éléments de groupes rebelles infiltrés ou ralliés au pouvoir étaient également présents, rendant la chaîne de commandement complexe et difficile à retracer précisément.
Ces violences, qui ont visé plusieurs villages perchés dans les montagnes surplombant la Méditerranée, ont été justifiées par certains responsables militaires syriens comme des « opérations de sécurité » visant à éliminer des « éléments extrémistes infiltrés ». Mais des vidéos, photos satellite et témoignages d’habitants, corroborés par des sources hospitalières et des survivants, décrivent au contraire des exécutions sommaires, des incendies de maisons et des tirs aveugles contre des populations civiles.
L’enquête met en lumière un climat de vengeance alimenté par des années de guerre civile et d’affrontements confessionnels. Si les Alaouites ont longtemps été perçus comme les soutiens naturels du régime, les divisions internes se sont accentuées, notamment à mesure que des tensions sociales et économiques opposaient différentes strates de cette communauté. Certains officiers auraient ainsi vu dans ces attaques une manière de « purger » des zones jugées insuffisamment loyales.
La participation de combattants étrangers, notamment affiliés au Hezbollah libanais et à des milices chiites irakiennes, souligne l’internationalisation croissante du conflit et le rôle central joué par les forces supplétives dans la consolidation du pouvoir de Damas. Des drapeaux à connotation religieuse, comme celui visible sur un véhicule photographié par Reuters à proximité de Jablah, indiquent aussi l’empreinte idéologique de certaines unités.
À ce stade, aucune enquête officielle n’a été ouverte par le gouvernement syrien. Des ONG locales et internationales ont toutefois appelé à une enquête indépendante sur ce qu’elles qualifient déjà de « crimes de guerre ». Les Nations unies, qui disposent de très peu d’accès à cette région sous contrôle strict des services de sécurité, n’ont pas encore commenté ces événements.