Grèce : 17 officiers des garde-côtes inculpés pour leur rôle présumé dans le naufrage meurtrier de 2023
Grèce : 17 officiers des garde-côtes inculpés pour leur rôle présumé dans le naufrage meurtrier de 2023

Un tribunal naval grec a formellement inculpé 17 officiers des garde-côtes dans le cadre du naufrage dramatique d’un bateau de migrants survenu au large de Pylos, dans le sud-ouest de la Grèce, le 14 juin 2023. Ce drame, l’un des plus meurtriers de la Méditerranée ces dernières années, aurait coûté la vie à des centaines de personnes, selon des informations relayées vendredi par trois sources judiciaires.

Le bateau, baptisé Adriana, transportait environ 750 personnes et avait quitté la Libye à destination de l’Italie. Il a chaviré en pleine mer après avoir été suivi pendant plus de 15 heures par un navire des garde-côtes grecs. Seules 104 personnes auraient survécu à la tragédie, provoquant une onde de choc à travers l’Europe et au-delà, et suscitant une vague d’indignation contre la gestion des opérations de secours.

Les autorités grecques ont toujours nié toute faute ou négligence, affirmant que l’opération avait été menée conformément au droit maritime et aux obligations humanitaires. Toutefois, selon les sources judiciaires, les officiers concernés devront désormais répondre à des chefs d’accusation graves, allant de l’entrave au transport à la participation ou complicité dans le naufrage du navire.

Interrogée par Reuters, une source au sein des garde-côtes grecs a indiqué que le service n’avait pas encore été officiellement informé des poursuites. Elle a précisé que toute information officielle serait attendue directement du tribunal naval, qui poursuit encore son enquête sur les circonstances exactes du naufrage.

Il convient de noter que dans le système judiciaire grec, la mise en accusation ne signifie pas automatiquement qu’un procès aura lieu. L’affaire devra franchir plusieurs étapes supplémentaires, notamment l’examen des preuves par un juge d’instruction, avant qu’une décision ne soit prise quant à la tenue éventuelle d’un procès.

Le naufrage du Adriana continue de susciter une forte mobilisation. Des ONG, défenseurs des droits humains et associations de soutien aux migrants prévoient d’organiser des manifestations à travers le pays le 21 juin prochain, à l’occasion du deuxième anniversaire de la tragédie.

En février dernier, le médiateur national avait déjà recommandé des mesures disciplinaires à l’encontre de huit membres des garde-côtes dans le cadre de la première enquête officielle sur cette affaire, marquant une rupture avec le silence institutionnel qui avait prévalu jusqu’alors.

La Grèce, en première ligne de la crise migratoire en Europe depuis 2015, affirme que ses garde-côtes ont secouru plus de 250 000 personnes en mer au cours des dix dernières années. Elle maintient que ses opérations sont menées dans le respect des droits de l’homme, malgré les critiques croissantes de la communauté internationale.

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