Gaza : premières livraisons de farine après un assouplissement du blocus, l’aide jugée largement insuffisante
Gaza : premières livraisons de farine après un assouplissement du blocus, l’aide jugée largement insuffisante

Après plus de deux mois de blocus total, des camions transportant de la farine et du matériel humanitaire ont commencé à entrer jeudi dans certaines zones dévastées de la bande de Gaza, apportant un premier soulagement limité à une population confrontée à la famine. Israël a autorisé le passage d’une centaine de camions, une mesure prise sous la pression internationale croissante, mais jugée très insuffisante par les groupes d’aide et les responsables palestiniens.

« C’est une goutte d’eau dans l’océan », a déclaré Amjad al-Shawa, directeur du Réseau des ONG palestiniennes à Gaza. Il a rappelé que 600 camions par jour entraient pendant les périodes de cessez-le-feu, contre seulement 90 cette semaine. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a immédiatement repris la production de pain dans certaines boulangeries du sud, fermées depuis deux mois. « Si Dieu le veut, les boulangeries du nord de Gaza reprendront bientôt leur activité », a affirmé le boulanger Ahmed Al-Banna à Deir al-Balah.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé la construction prochaine d’une « zone de distribution » où les entreprises américaines pourraient acheminer l’aide sous contrôle militaire israélien. Il a évoqué la création de « vastes zones de sécurité » dans le sud de l’enclave pour la population palestinienne, tandis que l’armée poursuivra ses opérations dans d’autres régions.

Malgré cette légère détente, la situation humanitaire reste dramatique. L’ONU estime qu’un quart des 2,3 millions d’habitants de Gaza sont menacés de famine. Selon le ministère palestinien de la Santé, 29 enfants et personnes âgées sont déjà morts de faim, et des milliers d’autres sont en danger. Le Croissant-Rouge palestinien a alerté sur les risques de pillage, alors que des foules désespérées attendent l’arrivée de camions à la frontière de Karem Shalom. « Aucun civil n’a encore reçu quoi que ce soit », a souligné Younis Al-Khatib, président de l’organisation.

L’armée israélienne, qui affirme vouloir empêcher que l’aide soit saisie par le Hamas, conteste les rapports évoquant une famine imminente. Le Comité international de la Croix-Rouge a confirmé l’acheminement de fournitures médicales pour son hôpital de campagne à Rafah, tout en appelant à un accès humanitaire « rapide, sans entrave et soutenu ».

Parallèlement, les combats se poursuivent. Jeudi, les frappes israéliennes ont tué au moins 50 personnes à travers l’enclave, selon les autorités sanitaires de Gaza. À Beit Lahiya, un obus de char a incendié un entrepôt de médicaments à l’hôpital Al-Awda. Des chars positionnés à l’extérieur bloquent l’accès au bâtiment, ont rapporté les médecins. Le système de santé de Gaza est au bord de l’effondrement, avec la majorité des installations hors service.

Netanyahou a laissé entendre qu’un cessez-le-feu temporaire pourrait être envisagé pour permettre la libération des otages détenus depuis l’attaque du 7 octobre 2023, au cours de laquelle environ 1 200 Israéliens ont été tués et 251 personnes enlevées. Mais en l’absence d’accord, il a promis la poursuite de l’offensive. Le Hamas a réagi en dénonçant un refus persistant de mettre fin aux massacres et aux destructions à Gaza. Depuis le début de la campagne militaire israélienne, plus de 53 600 Palestiniens ont été tués, selon les autorités sanitaires locales.

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