10 septembre : le cash brandi comme étendard contestataire @pixnio
10 septembre : le cash brandi comme étendard contestataire @pixnio

Un billet froissé plutôt qu’une carte bleue, voilà le mot d’ordre lancé par plusieurs collectifs héritiers des « gilets jaunes ». Le 10 septembre, ils appellent à une « grève de la carte bancaire », espérant frapper un système qu’ils jugent oppressif. Leur arme : le retrait massif d’espèces, le boycott des paiements dématérialisés, et une rhétorique où l’argent liquide devient synonyme de liberté. Mais derrière le slogan « au cash citoyen », les chances de succès apparaissent minces. Cette idée, adoptée cet été par différents groupes contestataires, s’inscrit dans un mouvement plus large baptisé « Bloquons tout ». Les initiateurs imaginent un acte simple et pacifique, réalisable depuis son canapé, qui permettrait d’éviter la confrontation violente avec les forces de l’ordre. L’objectif affiché est clair : viser le portefeuille des banques et, par ricochet, celui du pouvoir politique. Une affiche de mobilisation promettait même que dix millions de Français utilisant uniquement du liquide pendant un mois feraient « disparaître 15 milliards d’euros des radars ». Un calcul à l’efficacité plus symbolique que réaliste.

Banques honnis, commerçants courtisés

La défiance envers le monde bancaire ne date pas d’hier. De l’appel d’Éric Cantona en 2010 à vider les distributeurs aux initiatives des gilets jaunes en 2019 visant à retirer massivement de l’argent, les précédents existent. Les banques sont régulièrement désignées comme l’ennemi invisible, accusées de prélever leur dîme sur chaque transaction et d’incarner une finance déconnectée du réel. L’imaginaire collectif nourrit cette animosité, rappelant aussi bien les usuriers médiévaux que les scandales récents des subprimes. Cette fois, les meneurs insistent sur un argument supplémentaire : soutenir les petits commerçants étranglés par les frais liés aux terminaux de paiement. Certains militants assurent que l’argent liquide soulage les boutiques de proximité en les libérant de commissions jugées excessives. La rhétorique reprend un vieux fond de solidarité sociale, déjà visible au plus fort du mouvement des gilets jaunes, où chauffeurs, artisans et employés s’épaulaient sur les ronds-points.

Banques honnis, commerçants courtisés

Au-delà du rejet des banques, cette mobilisation s’appuie sur une méfiance croissante vis-à-vis de la société numérique. « La liberté, c’est le cash » : derrière ce slogan se cache la crainte d’une surveillance généralisée, où chaque transaction par carte serait un pas de plus vers une société de traçage. L’écho est d’autant plus fort que certaines déclarations politiques, comme celle de Gérald Darmanin évoquant la suppression de la monnaie fiduciaire, ont alimenté la peur d’un modèle à la chinoise avec crédit social à la clé. Pour leurs promoteurs, boycotter la carte bancaire devient une façon de défendre la vie privée autant que le pouvoir d’achat. Pourtant, la mécanique bancaire française reste blindée. En 2019 déjà, les experts rappelaient qu’il aurait fallu que chaque Français retire près de 6 000 euros pour mettre en péril les réserves des banques. Aujourd’hui encore, économistes et historiens s’accordent à dire qu’il n’existe quasiment aucune chance de provoquer une panique financière. Les systèmes de garantie et de refinancement rendent illusoire l’idée d’un effondrement par simple retrait d’espèces. Le 10 septembre marquera donc sans doute moins une secousse bancaire qu’une démonstration politique. Les initiateurs espèrent relancer une contestation en panne de souffle, en misant sur un symbole fort et atypique. Mais la grève de la carte bleue risque bien de rester avant tout un geste protestataire, plus visible sur les réseaux sociaux que dans les comptes des banques.

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