L’Égypte s’apprête à lancer une nouvelle bourse nationale des matières premières, qui sera majoritairement contrôlée par une agence liée à l’armée, dans le but de stabiliser les prix et d’assurer un approvisionnement régulier en produits agricoles essentiels. C’est ce qu’a annoncé mardi la présidence égyptienne, soulignant que cette initiative vise à protéger à la fois les producteurs et les consommateurs dans un contexte de pressions croissantes sur le marché intérieur.
Cette nouvelle structure, baptisée Bourse nationale des marchandises, sera dirigée par Future of Egypt for Sustainable Development, une entité affiliée aux forces armées égyptiennes. Elle jouera le rôle de « soupape de sécurité » pour l’économie, selon les mots du communiqué présidentiel, et interviendra dans les flux d’importation et d’exportation de produits agricoles stratégiques.
Le projet a été discuté lors d’une réunion entre le président Abdel Fattah al-Sissi, le Premier ministre Mostafa Madbouly, ainsi que les ministres de l’Agriculture et de l’Approvisionnement. Les autorités ont annoncé le lancement des procédures d’enregistrement des importateurs et exportateurs privés, bien que certains opérateurs aient indiqué à Reuters n’avoir encore reçu aucune communication officielle à ce sujet. Un projet de loi pour encadrer juridiquement le fonctionnement de la bourse est également en cours d’élaboration.
Même si la liste exacte des produits concernés n’a pas été précisée dans le communiqué, une annonce préalable en mars avait évoqué l’intégration de cultures agricoles, produits alimentaires transformés, aliments pour animaux, engrais, pesticides et médicaments vétérinaires dans le périmètre de cette plateforme. L’objectif est de centraliser les échanges pour accroître la transparence, limiter les fluctuations excessives des prix et renforcer la souveraineté alimentaire du pays.
Cette décision s’inscrit dans un contexte de recul marqué des importations de blé en Égypte, pays historiquement parmi les plus grands acheteurs mondiaux. Selon des données commerciales consultées par Reuters, les importations de blé au cours du premier semestre 2025 ont chuté de plus de 27 % par rapport à l’an dernier, tombant à environ 5,2 millions de tonnes. Plus frappant encore, les achats effectués directement par le gouvernement ont plongé de plus de 57 %, atteignant seulement 1,5 million de tonnes.
La baisse des importations fait suite à une refonte du système d’approvisionnement national, qui vise à privilégier les achats directs auprès de producteurs locaux ou via des circuits plus contrôlés. Avec la mise en place de cette bourse, l’État espère mieux réguler les stocks, limiter les dépendances extérieures et réduire les distorsions de marché, tout en exerçant un contrôle renforcé sur les circuits d’importation — un domaine dans lequel les institutions liées à l’armée jouent un rôle de plus en plus central.
Dans un pays régulièrement confronté à l’inflation alimentaire et à la volatilité des marchés internationaux, cette initiative marque une étape importante dans la stratégie économique du gouvernement égyptien. Reste à voir si cette concentration accrue du contrôle économique entre les mains de l’État et de l’appareil militaire parviendra à répondre aux attentes de stabilité sans freiner la compétitivité du secteur privé.