Le ministère américain de la Justice a intensifié sa campagne contre Google en demandant à une juge fédérale de contraindre l’entreprise à se séparer de certains éléments clés de son réseau publicitaire numérique, jugé anticoncurrentiel. Cette demande s’inscrit dans un effort plus large du gouvernement pour limiter l’influence de Google, notamment en tentant de séparer le navigateur Chrome de son moteur de recherche dominant.
Dans un document de 17 pages déposé lundi soir devant un tribunal fédéral de Virginie, les avocats du ministère estiment que Google doit être contraint de céder son service AdX et sa plateforme publicitaire DFP. Ces outils jouent un rôle central dans l’écosystème numérique en mettant en relation les annonceurs et les éditeurs de sites souhaitant vendre des espaces publicitaires. En plus du démantèlement, le ministère réclame une interdiction de dix ans pour Google d’exploiter toute bourse publicitaire numérique.
Cette proposition intervient un peu plus de deux semaines après qu’un juge fédéral a conclu que Google avait abusé de sa position dominante pour étouffer la concurrence, au détriment des éditeurs en ligne. Google s’oppose vigoureusement à cette sanction, qu’il qualifie de « chaos économique » susceptible de nuire aux annonceurs, aux éditeurs et à l’expérience des internautes.
En réponse, Google a soumis un plan alternatif prévoyant la nomination d’un administrateur indépendant chargé de surveiller ses pratiques pendant trois ans, ainsi qu’un ensemble de mesures pour renforcer la transparence et encourager la concurrence dans le secteur.
Parallèlement, le ministère poursuit une autre procédure visant à imposer la séparation de Chrome du moteur de recherche Google, dont un autre juge fédéral a déjà estimé qu’il constituait un monopole illégal. Une décision est attendue dans cette affaire d’ici la fête du Travail aux États-Unis.
Si les juges acceptent les propositions du gouvernement dans les deux affaires, cela représenterait le plus important démantèlement d’une entreprise américaine depuis celui d’AT&T dans les années 1980. Et ce n’est pas le seul front sur lequel Google se bat : son Play Store Android a également été reconnu comme un monopole illégal en 2023, et l’entreprise est sous pression pour revoir son modèle de commissions générant des milliards de dollars par an.
Le réseau publicitaire et le moteur de recherche sont les piliers du modèle économique de Google, qui a généré 265 milliards de dollars de revenus en 2024. Leur affaiblissement constituerait donc un coup majeur pour l’entreprise, à un moment où l’intelligence artificielle bouleverse déjà les habitudes numériques et la manière dont les internautes accèdent à l’information.
Malgré ces attaques judiciaires, Google continue de livrer de solides performances financières pour sa maison mère Alphabet, actuellement valorisée à 2 000 milliards de dollars. L’action d’Alphabet a légèrement reculé mardi matin.