COPENHAGUE – Dans un tournant majeur de sa politique énergétique, le Danemark envisage de lever l’interdiction de l’énergie nucléaire en vigueur depuis 1985, afin de renforcer sa sécurité énergétique face aux défis climatiques et géopolitiques. C’est ce qu’a déclaré mardi soir le ministre danois du Climat, de l’Énergie et des Services publics, Lars Aagaard, dans un entretien au quotidien Politiken.
Selon Aagaard, le gouvernement danois prévoit d’analyser les bénéfices potentiels des nouvelles technologies nucléaires, en particulier les petits réacteurs modulaires (SMR), perçus comme une alternative plus sûre et plus souple aux centrales nucléaires traditionnelles. Un rapport d’évaluation est attendu l’année prochaine. Le ministre a toutefois insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un revirement complet de la politique énergétique danoise : « Nous poursuivons la politique que nous menons depuis de nombreuses années au Danemark. L’énergie solaire et éolienne restent les moyens les plus économiques et les plus rapides de parvenir à la transition écologique. »
Aagaard a également écarté un retour de l’énergie nucléaire classique, précisant que seules les technologies de nouvelle génération feraient l’objet d’un examen. « Nous pouvons constater qu’un développement est en cours avec de nouvelles technologies d’énergie nucléaire… Mais il ne suffit pas qu’elles aient du potentiel. Nous devons également comprendre ce que cela signifie pour la société danoise si nous voulons rendre ces technologies possibles », a-t-il expliqué.
Le Danemark s’est toujours montré farouchement antinucléaire. En 2005, la fermeture par la Suède du réacteur de Barsebäck 2, situé à quelques dizaines de kilomètres de Copenhague, avait été saluée comme une victoire politique et symbolique. Mais alors que la Suède change aujourd’hui de cap en relançant ses projets nucléaires, le Danemark semble prêt à rouvrir le débat.
Le ministre doit comparaître ce mercredi devant le Parlement lors d’une audition publique, où il répondra aux questions des partis d’opposition qui militent activement pour une réintroduction partielle du nucléaire dans le bouquet énergétique danois. Cette annonce intervient alors que l’Europe cherche à diversifier ses sources d’énergie face à l’instabilité mondiale et aux exigences croissantes de neutralité carbone.