Invité ce mardi matin sur BFMTV-RMC, le Premier ministre François Bayrou a annoncé le lancement imminent d’un plan de redressement des finances publiques, estimant que la situation budgétaire de la France exige un « effort collectif ». Après cinq mois passés à Matignon, il fixe un cap clair : ramener le déficit sous la barre des 3 % du PIB d’ici 2027, malgré un contexte social tendu.
« Nous avons laissé s’accumuler une montagne de dette. Aujourd’hui, chaque mois, nous dépensons 10 % de plus que ce que nous encaissons. Cela n’est plus soutenable. Nous allons demander un effort à tous les Français », a déclaré le chef du gouvernement en direct face à Apolline de Malherbe.
Une situation budgétaire critique
L’alerte de François Bayrou intervient dans un climat de défiance croissante sur les marchés. Le 24 mai, Standard & Poor’s a abaissé la note de la dette française de AA à AA-, citant des « perspectives de consolidation budgétaire incertaines ». Le déficit public a atteint 5,5 % du PIB en 2024, loin des engagements européens. Et la dette dépasse désormais les 3 150 milliards d’euros, selon les derniers chiffres de l’INSEE.
Face à ce constat, François Bayrou a présenté les grandes lignes de son futur plan : une réduction progressive des dépenses publiques, ciblant les doublons administratifs et les aides peu efficaces ; Un élargissement de l’assiette fiscale, sans augmentation d’impôts, mais avec un durcissement contre l’optimisation et la fraude ; Une revue générale des niches fiscales estimées à plus de 100 milliards d’euros par an.
Le plan détaillé sera présenté mi-juin en Conseil des ministres, en amont de la préparation du budget 2026.
« L’effort sera équitable »
Conscient des crispations sociales, le Premier ministre a insisté sur un principe : « justice et équité ». Pas question, selon lui, de faire reposer la charge uniquement sur les classes moyennes ou les plus modestes : « Les plus hauts revenus, les grandes entreprises, les plateformes numériques… chacun devra contribuer à la hauteur de ses capacités. »
Il a aussi exclu « toute hausse brutale de la TVA ou de l’impôt sur le revenu », mais n’a pas fermé la porte à une révision des exonérations de cotisations patronales, un sujet sensible pour le patronat.
François Bayrou s’est par ailleurs montré favorable à une réflexion sur la TVA sociale.
Interrogé sur cette mesure visant à transférer une partie des charges du travail vers la consommation, le Premier ministre a déclaré : « Je n’y suis pas opposé, bien au contraire. J’y suis même favorable. »
Il a ajouté qu’il souhaitait voir les partenaires sociaux s’emparer pleinement du sujet, afin d’ouvrir un débat « constructif et équilibré » sur cette réforme fiscale potentielle.
Réforme des taxis et colère agricole : Bayrou ne recule pas
Outre la question budgétaire, François Bayrou a été interrogé sur deux autres foyers de tension : les chauffeurs de taxi, mobilisés contre la réforme des licences et l’ouverture partielle à la concurrence. Le Premier ministre a confirmé que le plan serait appliqué dès octobre, tout en annonçant « des aménagements pour les zones rurales et une indemnisation partielle des licences anciennes ». Le monde agricole, toujours marqué par les manifestations de janvier. Bayrou a salué « un dialogue renoué » mais prévenu : « Nous ne pourrons pas subventionner à perte. Il faudra aussi moderniser le modèle agricole français. »
La question de la proportionnelle toujours sur le tapis
François Bayrou s’est également exprimé sur la proportionnelle, déclarant : « Je proposerai à l’Assemblée nationale qui est souveraine, qu’elle examiner cette question… »
Le Premier ministre a également exprimé son opposition à l’idée d’accorder une prime à la liste arrivée en tête, rappelant que ce mécanisme n’existait pas lors de l’instauration de la proportionnelle en 1986 sous François Mitterrand.
Voile des mineures : François Bayrou critique la proposition de Gabriel Attal et met en garde contre les divisions
Au cours de son interview, François Bayrou a ensuite exprimé son désaccord avec la proposition de Gabriel Attal visant à interdire le port du voile aux mineures de moins de 15 ans. « Je ne comprends pas cette proposition. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? On va demander à des adolescentes dans la rue de présenter leur carte d’identité pour vérifier leur âge ? », a-t-il interrogé, sceptique.
Refusant de faire de l’islam « un sujet de fixation pour la société française », François Bayrou a plaidé pour une approche plus apaisée du vivre-ensemble. « Il ne faut pas sans cesse alimenter des surenchères qui finissent par dresser les Français les uns contre les autres. Ce n’est pas ainsi qu’on construit une société capable d’intégrer ses différences », a-t-il ajouté, soulignant l’importance de préserver l’unité dans le respect des convictions religieuses…
Aide à mourir : François Bayrou met en garde contre une banalisation
Autre sujet sensible : François Bayrou s’est exprimé sur la délicate question de l’aide à mourir, alors que le débat revient au cœur de l’Assemblée nationale. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’un encadrement strict : « Ce que je redoute, c’est qu’on détourne l’esprit de la loi pour transformer un acte ultime, profondément grave, en un geste banal ou routinier. »
Lorsqu’on lui demande comment il voterait en tant que député, François Bayrou répond avec prudence : « Je pense que si je devais voter, je m’abstiendrais. »
Une position sur la réserve, qui reflète les tensions éthiques et politiques que soulève ce projet de loi, même au sein de la majorité…
Affaire de Bétharram : François Bayrou déplore une « instrumentalisation politique »
Pour terminer, François Bayrou a été invité à réagir à l’affaire des violences survenues au sein de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram : « C’est un drame pour des dizaines de personnes, et je regrette profondément qu’il soit aujourd’hui instrumentalisé à des fins politiques », a déclaré le Premier ministre.
Accusé par certains de ses opposants d’avoir dissimulé ce qu’il savait de l’affaire, François Bayrou a fermement nié : « J’ai vu, et je suis intervenu », a-t-il affirmé, rappelant qu’il s’était engagé à publier des documents prouvant sa version des faits.
Selon lui, ces éléments ont bien été rendus publics comme promis, mais le site gouvernemental sur lequel ils étaient hébergés aurait été victime de deux cyberattaques majeures.
« Nous avons mis en ligne les documents vendredi soir. Dimanche, une première attaque massive a fait sauter le site. Nous l’avons rétabli, mais une seconde attaque, encore plus puissante, a de nouveau perturbé l’accès », a expliqué le chef du gouvernement, dénonçant une tentative de sabotage et annonçant le dépôt d’une plainte…