François Bayrou, qui s’exprimera cet après-midi, envisagerait la suppression de deux jours fériés dans le but d’augmenter la durée effective de travail des Français. Cette proposition s’inscrit dans une réflexion plus large sur la productivité nationale et les marges de manœuvre pour financer certaines priorités publiques, notamment la solidarité envers les personnes âgées ou dépendantes. Elle ferait écho à la « journée de solidarité » mise en place en 2004, qui avait déjà supprimé un jour férié payé pour augmenter les recettes de la sécurité sociale.
Travailler plus, sans gagner plus
Concrètement, cette mesure signifierait que les salariés travailleraient davantage sans recevoir de rémunération supplémentaire. Le travail effectué pendant ces deux jours ne serait pas payé en plus du salaire habituel, ce qui permettrait à l’État de dégager des ressources sans ponctionner directement les finances publiques. Cette approche soulève cependant la question du travail non rémunéré et de ses effets sur la motivation des salariés.
Une taxe supplémentaire pour les entreprises
En parallèle, cette réforme s’accompagnerait d’un prélèvement supplémentaire sur la masse salariale des entreprises, selon le modèle de la contribution solidarité autonomie. Cette taxe, équivalente à environ 0,3 % de la masse salariale, servirait à financer des politiques sociales, notamment la dépendance. Pour les employeurs, cela représenterait un coût direct, même si la journée travaillée supplémentaire pourrait être perçue comme un gain en productivité brute.
Des gains budgétaires attendus
La suppression de deux jours fériés pourrait représenter un gain estimé entre trois et cinq milliards d’euros par an, en tenant compte à la fois des cotisations supplémentaires versées par les entreprises et de la valeur économique du travail accompli pendant ces jours. À l’échelle macroéconomique, un jour ouvré de travail en plus augmenterait le PIB français d’environ 0,05 %. Cela permettrait aussi de renforcer le financement de la dépendance, secteur sous tension avec le vieillissement de la population.
Une mesure controversée
Cette perspective suscite déjà de nombreuses réactions, notamment du côté des syndicats, qui dénoncent une remise en cause du droit au repos et une forme de travail forcé, rappelant que la journée de solidarité reste largement impopulaire. L’opinion publique est également partagée : la suppression de jours fériés est loin d’être la solution privilégiée lorsqu’il s’agit d’augmenter le temps de travail. Beaucoup lui préfèrent des réformes plus souples comme l’assouplissement des 35 heures ou la défiscalisation des heures supplémentaires.
François Bayrou, connu pour son attachement à l’idée d’une société du mérite et de l’effort, a toujours défendu une vision du travail basée sur l’équilibre entre droits et responsabilités. Il se montre favorable à ce que ceux qui souhaitent travailler plus puissent le faire, mais il a également exprimé par le passé des réserves à l’égard de toute mesure qui ne serait pas équitablement compensée pour les salariés. La suppression de jours fériés, sans contrepartie salariale, semble entrer en tension avec cette vision, ce qui laisse penser que le débat reste ouvert au sein même de la majorité…