MANAUS — À quelques mois de l’accueil historique de la conférence climatique des Nations unies COP30 en Amazonie, le Brésil multiplie les décisions controversées qui mettent à mal la crédibilité environnementale du président Luiz Inácio Lula da Silva et révèlent de profondes divisions au sein de son gouvernement.
L’organisme fédéral de protection de l’environnement a donné son feu vert à des forages pétroliers offshore à proximité de l’embouchure de l’Amazone et à un projet de dynamitage de roches sur une portion du fleuve Tocantins. Parallèlement, le Congrès cherche à affaiblir les réglementations protégeant les terres autochtones et à faciliter les projets d’infrastructure en pleine forêt tropicale.
Ces mesures soulèvent une vive inquiétude parmi les défenseurs de l’environnement, alors que Lula s’apprête à recevoir le monde à Belém en novembre prochain pour des négociations climatiques où le Brésil veut apparaître en leader de la transition écologique. « Que va présenter le Brésil à la COP30 ? Encore une liste d’engagements en contradiction avec les actes posés sur le terrain ? », s’interroge Cleberson Zavaski, président de l’Association nationale des agents publics de l’environnement.
Depuis sa campagne victorieuse de 2022 face à Jair Bolsonaro, Lula s’était positionné comme le défenseur de l’Amazonie. Pourtant, en février dernier, il a publiquement critiqué l’agence environnementale IBAMA pour avoir freiné un projet d’exploration pétrolière mené par la compagnie nationale Petrobras à environ 160 kilomètres au large de la côte amazonienne. Le 19 mai, IBAMA a fini par approuver un plan d’urgence autorisant les forages.
Quelques jours plus tard, un autre feu vert a été donné au dynamitage sur 40 kilomètres du fleuve Tocantins afin de permettre le passage de barges transportant du soja — principalement destiné à la Chine. Ce projet est contesté en justice par le parquet fédéral, qui pointe des irrégularités dans l’étude d’impact environnemental.
Sur le plan législatif, le Sénat a voté le 21 mai une réforme majeure réduisant drastiquement les pouvoirs des agences environnementales. Le texte simplifie les processus d’autorisation, réduit leur durée à un an, et supprime toute évaluation environnementale pour la modernisation d’infrastructures existantes. Il pourrait notamment permettre l’asphaltage intégral de la BR-319, une route de 900 kilomètres traversant l’ouest de l’Amazonie. Les spécialistes craignent une explosion de la déforestation dans une région jusqu’ici relativement épargnée.
Officiellement opposé au projet de loi, le Parti des travailleurs de Lula n’a pas empêché sa progression. Plusieurs sources affirment que le président serait prêt à soutenir la majorité des mesures, malgré l’option théorique du veto partiel.
Des tensions internes sont également apparues, notamment entre Lula et sa ministre de l’Environnement Marina Silva, qui dénonce un affaiblissement majeur de la protection écologique. Écartée des discussions, Silva semble marginalisée au profit de ministres plus favorables au développement économique, comme celui des Transports Renan Filho, qui s’est félicité sur les réseaux sociaux d’un texte « excellent ».
Pour nombre d’observateurs, ces signaux rappellent la précédente présidence de Lula, lorsque Silva avait quitté le gouvernement en raison de la montée en puissance du lobby agro-industriel.
À l’approche de la COP30, les contradictions entre discours et actions risquent de peser lourd sur la légitimité internationale du Brésil en matière de climat. Comme l’a résumé un réseau de 133 ONG brésiliennes : « C’est une combinaison parfaite pour accélérer le point de bascule de la plus grande forêt tropicale du monde et déclencher une bombe carbone contre le climat global. »