"Toutes les limites ont été franchies. (...) Tu jubiles à te faire détester." Condamnation quasi-unanime des propos antisémites de Jean-Luc Mélenchon sur la prononciation de "Epstein"
"Toutes les limites ont été franchies. (...) Tu jubiles à te faire détester." Condamnation quasi-unanime des propos antisémites de Jean-Luc Mélenchon sur la prononciation de "Epstein"

Énorme polémique ! Lors d’un rassemblement organisé à Lyon par Jean-Luc Mélenchon, dirigeant de La France insoumise, ce dernier a fait référence à l’affaire Jeffrey Epstein, le proxénète américain, en ironisant sur la manière dont son nom est prononcé : « L’affaire Epstein ? Ah, je voulais dire “Epstine”, pardon ! Cela fait plus russe, alors maintenant vous direz “Einstine” au lieu d’Einstein, “Frankenstine” au lieu de Frankenstein. Voilà, tout le monde comprend comment il faut faire ».

Cette déclaration, jugée antisémite, est largement condamnée ce vendredi par la classe politique et médiatique. Découvrez les réactions aux propos de Jean-Luc Mélenchon :

Emmanuel Grégoire : « Avec sa sortie sur la prononciation d’Epstein, Jean-Luc Mélenchon franchit une nouvelle étape qui glace le sang. Quand on ne peut plus prendre la parole sans convoquer des sous-entendus qui réactivent des imaginaires antisémites nauséabonds, l’excuse d’une maladresse ne tient pas : c’est une stratégie assumée. Nous ne laisserons jamais prospérer ces ambiguïtés calculées qui blessent, qui divisent et qui mettent en danger nos concitoyens juifs. Nous ne laisserons pas la honte qui le frappe venir balayer les fondations de notre République. L’antisémitisme est un poison. Et à Paris, nous le combattrons sans faiblesse, toujours. »

Laurent Nunez : « Ce sont des propos abjects. Les masques doivent tomber. Cela ressemble aux pratiques de Dieudonné ou Alain Soral. »

Jordan Bardella : « Alors que le drame de Quentin aurait dû l’enjoindre à la retenue et à l’apaisement, Jean-Luc Mélenchon persiste et signe dans la violence, avec un meeting de Lyon brutal, qui fait froid dans le dos, aux relents ouvertement antisémites. La mise au ban de LFI est un impératif moral pour tous les responsables politiques attachés à la République et à la paix civile. »

Gabriel Attal : « Toutes les limites ont été franchies par Jean-Luc Mélenchon. Toutes. L’antisémitisme est une monstruosité. En user est une honte. À vomir. »

Bernard Cazeneuve : « Dans la ville de Jean Moulin, de Robert Badinter, où les milices de la collaboration ont livré tant de Juifs aux camps de la mort, comment peut-on tomber dans cette fange sans honte et sans déshonneur ? Mélenchon se rêvait Mitterrand il finit comme Soral. »

Lucie Castets : « Non, ces allusions ne passeront pas, Jean-Luc Mélenchon doit revenir dessus. Nourrir ainsi la plus grande confusion à travers ce complotisme bas de gamme aux relents antisémites. Il faut vraiment que ce genre de propos cesse. »

Marine Tondelier : « Non mais ça va pas non ! Vraiment, rien ne va dans ces propos. Rien. Ça suffit maintenant. »

Raphaël Glucksmann : « Faire rire une salle en jouant sur le « Stein » de Epstein comme Mélenchon, poser juif=sioniste=génocidaire=nazi comme Hassan, cibler les « dragons célestes » comme Guiraud,…: cela fait système. Et cela s’appelle de l’antisémitisme. Arrêtons de nous étonner. Et combattons-les. »

Alexis Corbière : « Jean-Luc si tu me lis. Un dirigeant de la gauche n’ironise jamais sur la prononciation d’un nom étranger, sous entendant qu’il y aurait un enjeu politique derrière. Pas notre tradition. Tu jubiles à te faire détester pour empêcher l’union face à l’extrême droite. Irresponsable. »

Alice Cordier : « Il faut impérativement lui donner ses cachets. Il nage en plein délire depuis des jours. »

Julien Dray : « Écoutez bien les deux interventions … et vous comprendrez que les deux ne font plus qu’une même haine du juif …Quelle triste fin de vie quel naufrage absolu.! »

Valérie Pécresse : « Ceci n’est pas un dérapage, ceci est une stratégie. Quand les mots, les sous-entendus et les références rappellent les obsessions de Soral et Dieudonné, il ne s’agit plus d’ambiguïtés mais d’une ligne assumée. Le sujet est plus que jamais posé au reste de la gauche : rompre avec Jean-Luc Mélenchon. Rompre vraiment. Rompre définitivement ! »

Jérôme Guedj : « Ce qui est le plus dingue, c’est que pour faire diversion sur la Jeune Garde et la violence, Melenchon est prêt à remettre une pièce antisémite. Convaincu qu’il gagne sur les deux tableaux : faire oublier la Jeune Garde, se victimiser face à l’establishment, rebaptisé officialité.(…) Quand Melenchon parle comme Soral, les indignations prudentes sont pires : un pays bascule par l’inertie de ceux se taisent. C’est si difficile @faureolivier @marinetondelier une condamnation claire de l’antisémitisme de Melenchon et d’en tirer enfin les conséquences ? »

Jean-Michel Aphatie : « C’est une substitution à l’échelle de l’histoire. Il y a trente ans, quarante ans, Jean-Marie Le Pen choquait, effrayait, scandalisait les républicains et les démocrates. Aujourd’hui, c’est Jean-Luc Mélenchon, et ses amis à la suite, qui jouent ce rôle. Sans doute faut-il toujours un diable dans les débats. Encore faut-il comprendre pourquoi quelqu’un endosse, à un moment, volontairement ou à son corps défendant, le vilain costume du méchant homme.

Pour Jean-Marie Le Pen, il s’agissait de la défroque originelle. Né à la politique à l’extrême droite, il en a trimballé les tares jusqu’à la fin de son parcours. Concernant Jean-Luc Mélenchon, l’affaire est différente. Apprenti trotskiste dans sa jeunesse, il s’est ensuite immergé avec volupté dans l’univers de la social-démocratie. Sénateur, ministre, embonpoint, il a tout pris. C’est aux abords de sa soixantaine, au début des années 2010, quand il a quitté le parti socialiste qu’il ne supportait plus – c’était réciproque- que tout a changé. Grondant à la tribune et insultant dans ses monologues, il s’est fabriqué un masque de tribun intraitable. Autoritaire, il a construit un parti vertical où seule compte sa parole, chacun dans l’organisation étant tenu de s’aligner sur elle. En imposant son personnage, il s’est isolé. Ce fut son bonheur.

Cette posture en effet, a paru combler ses attentes et satisfaire ses émotions. À défaut de posséder le vrai pouvoir, celui de l’Etat, il a obtenu l’ascendant sur ses disciples, et l’écoute, parfois effrayée, de ses concitoyens. Un fait notable. Hormis deux ou trois figures anciennes, ce sont des femmes et des hommes jeunes, trentenaires et quarantenaires, qui accompagnent aujourd’hui la démarche de l’homme qui a dépassé les trois quarts d’un siècle. Cet accompagnement juvénile le conforte dans sa posture de patriarche et le rajeunit en même temps, le ramènant vers ses pulsions premières, celles de la Révolution et du désordre.

Qu’attendre de plus de la vie politique ? La victoire ? Jean-Luc Mélenchon sait qu’elle ne viendra jamais. Ceci explique son incapacité à reculer, à chercher des compromis, sa propension à humilier ceux qui sont censés être ses alliés. Le confort de cet univers clos, hermétique, inaccessible aux individus ordinaires, le rend indifférent à tout ce dont on l’accuse. Il règne sur son royaume. Il ne partage son pouvoir avec personne. Ceux qui le côtoient l’admire. Tous les cinq ans, il jouit du plaisir de participer au Grand tournoi. Déjà, il est assuré d’une trace dans la longue histoire politique des mystificateurs du verbe.

C’est ainsi qu’au fil du temps, Jean-Luc Mélenchon est parvenu à incarner ce rôle que personne aux origines n’imaginait pour lui : celui qui désormais épouvante davantage que l’héritière de Jean-Marie Le Pen. »

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