Le rassemblement en hommage à Aboubakar Cissé, organisé hier place de la République à Paris, a été marqué par un violent incident. Le député socialiste Jérôme Guedj, venu témoigner de sa solidarité après le meurtre du jeune Malien tué dans une mosquée du Gard, a été violemment pris à partie par plusieurs manifestants qui l’ont contraint à quitter les lieux sous les insultes.
Alors qu’il répondait aux questions des journalistes, l’élu de l’Essonne a été rapidement encerclé par une poignée de participants scandant des slogans hostiles : «PS = parti sioniste !», « Sioniste dégage ! », « Cassez-vous ! ». Certains manifestants ont dénoncé la présence du député socialiste, accusé d’être trop proche d’Israël et de ne pas représenter, selon eux, la lutte contre l’islamophobie.
Interpellé directement par une manifestante sur les raisons de sa venue, Jérôme Guedj a répondu calmement : « Je suis venu parce qu’il y a eu un crime odieux, raciste, anti-musulman, islamophobe, et donc je suis venu manifester contre cette haine. » L’ambiance devenant de plus en plus tendue, le député a tenté de justifier sa participation : « J’ai manifesté contre Benjamin Netanyahou aussi. J’aurais pu ne pas venir, mais cela m’aurait fait de la peine, car j’ai été sincèrement triste de l’assassinat d’Aboubakar. On a besoin de se rassembler, pas de se diviser. »
Quelques minutes plus tard, sous la pression des invectives, Jérôme Guedj a préféré se retirer, escorté par des proches et des militants présents pour éviter tout débordement.
« Un climat qui décourage »
Contacté par Le Figaro après son départ, l’élu n’a pas caché son désarroi face à cette situation. « Cela fait trois manifestations où on me traite de sioniste. Le 1er mai ce sera sans doute pareil… Ce qui me décourage, c’est que cette ambiance doit sûrement décourager beaucoup d’autres personnes de venir, y compris celles profondément solidaires de la lutte contre l’islamophobie. »
Le député socialiste, connu pour ses prises de position contre l’extrême droite et pour son soutien constant aux causes antiracistes, a dénoncé ce qu’il qualifie de « climat de division » qui fragilise, selon lui, l’unité nécessaire pour dénoncer les violences racistes.
Une tension exacerbée par le contexte international
L’incident survenu place de la République ne peut être dissocié du contexte politique et international actuel. Depuis plusieurs mois, la guerre entre Israël et le Hamas ravive en France des tensions très fortes au sein même des mobilisations sociales et politiques. Certaines franges militantes n’hésitent plus à assimiler toute figure politique jugée insuffisamment critique à l’égard d’Israël à un « sioniste » illégitime.
Dans ce climat électrique, des responsables de gauche, pourtant historiquement engagés pour les droits des Palestiniens et contre toutes les formes de racisme, se retrouvent pris entre deux feux. Jérôme Guedj, qui s’était publiquement opposé à Benjamin Netanyahou et avait critiqué la politique israélienne à Gaza, n’a pas échappé à cette radicalisation des accusations.
Un rassemblement terni
Le rassemblement de dimanche, qui visait à honorer la mémoire d’Aboubakar Cissé et à dénoncer l’islamophobie, avait pourtant réuni plusieurs centaines de personnes dans une atmosphère initialement recueillie. De nombreux intervenants avaient appelé à la justice et à l’unité contre la haine anti-musulmane, alors que l’assassinat d’Aboubakar Cissé dans une mosquée de La Grand-Combe, avec une extrême violence, avait profondément choqué l’opinion.
La récupération de l’événement pour exprimer des tensions politiques a été déplorée par plusieurs participants. « Ce n’est pas le moment de régler des comptes politiques », a regretté un militant associatif présent, dénonçant une « perte de vue de l’objectif premier : rendre hommage à une victime de racisme et condamner l’islamophobie ».
Cet événement illustre, plus largement, la difficulté croissante pour la gauche française de maintenir une cohésion sur les sujets liés au Proche-Orient et aux discriminations. Entre les accusations de compromission avec « le sionisme » et les tensions communautaires internes, certains responsables politiques redoutent une fracture durable, non seulement entre militants, mais aussi avec une partie de l’opinion publique…