La ministre chargée du Numérique menace de sanctionner les plateformes ne vérifiant pas l’âge des utilisateurs et veut convaincre la Commission européenne d’agir. « Les réseaux sociaux avant 15 ans, c’est non », martèle Clara Chappaz. Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, la ministre déléguée chargée du Numérique explique que la France se donne « trois mois » pour mobiliser ses partenaires européens autour d’un accord visant à imposer aux plateformes de vérifier l’âge de leurs utilisateurs. « Je refuse que les algorithmes élèvent nos enfants », affirme-t-elle.
Une coalition européenne en construction
Clara Chappaz rappelle l’existence du règlement européen sur les services numériques (DSA), qui constitue déjà un cadre d’action, mais juge nécessaire d’aller plus loin : « Il faut renforcer sa portée afin qu’il contraigne les réseaux sociaux à ne pas accepter la création de comptes sans vérification d’âge ». Si aucun accord n’est trouvé d’ici la rentrée, la ministre affirme que « la France prendra ses responsabilités », en précisant vouloir former une coalition avec l’Espagne, la Grèce et désormais l’Irlande pour convaincre Bruxelles. Faute d’accord européen, elle promet une initiative nationale.
Des sanctions déjà testées dans d’autres secteurs
La ministre évoque l’exemple des sites pornographiques, pour lesquels l’Arcom a commencé à bloquer les plateformes ne respectant pas l’obligation de vérifier l’âge des internautes depuis mars. « Demain, je veux qu’il en soit de même pour les utilisateurs des réseaux sociaux de moins de 15 ans », insiste-t-elle. En France, une « majorité numérique » est déjà fixée à 15 ans par la loi depuis 2023, mais celle-ci n’est pas appliquée car jugée incompatible avec le droit européen. Selon une enquête de la Cnil publiée en 2021, deux tiers des moins de 13 ans possèdent un compte sur un réseau social. Clara Chappaz assure qu’elle travaille « activement » à une solution légale et technique pour interdire effectivement leur accès aux plus jeunes.